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L’autobiographie arabe : cours d’arabe Terminale

Cours d’arabe Terminale : L’autobiographie arabe
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Ce cours d’autobiographie arabe Terminale (spécialité LLCER, thématique « Expression et construction de soi ») te fait découvrir comment deux grandes figures, l’Égyptien Taha Hussein et la Palestinienne Fadwa Touqan, se sont construites par l’écriture. Tu y apprendras le vocabulaire du récit de soi, la différence entre « je » et « il » dans une autobiographie, et un outil de grammaire indispensable pour raconter ses souvenirs.

Découvrir l’autobiographie arabe Terminale : écrire le « je »

En arabe, l’autobiographie se dit السِّيرَةُ الذَّاتِيَّةُ : littéralement « la biographie de soi ». Le mot سِيرَةٌ désigne le récit d’une vie, et l’adjectif ذَاتِيٌّ vient de الذَّاتُ, « le soi ». Ce genre a ses voisins, qu’il faut savoir distinguer.

Définition

Une autobiographie (سِيرَةٌ ذَاتِيَّةٌ) est le récit rétrospectif, en prose, qu’une personne réelle fait de sa propre vie, en insistant sur la formation de sa personnalité. Le critique français Philippe Lejeune a parlé en 1975 de pacte autobiographique : l’auteur (المُؤَلِّفُ), le narrateur (الرَّاوِي) et le personnage principal (الشَّخْصِيَّةُ) sont une seule et même personne.

  • المُذَكَّرَاتُ (les mémoires) : la personne raconte surtout les événements publics dont elle a été témoin.
  • اليَوْمِيَّاتُ (le journal intime) : on écrit au jour le jour, sans recul.
  • الرِّوَايَةُ (le roman) : l’histoire et les personnages sont inventés, même si l’auteur s’inspire de sa vie.
Un livre ouvert sur lequel une silhouette d’enfant est penchée, avec les mots arabes enfance, mémoire, je et écriture, entourés de souvenirs et identité
Raconter son enfance pour comprendre qui l’on est devenu.

Culture

Le « je » n’est pas une invention moderne dans les lettres arabes. Au XIIe siècle, Oussama ibn Mounqidh raconte ses souvenirs dans كِتَابُ الاعْتِبَارِ ; au XIVe siècle, l’historien Ibn Khaldoun termine son œuvre par un récit de sa propre vie, التَّعْرِيفُ. Mais c’est au XXe siècle que l’autobiographie devient un genre littéraire à part entière, avec des œuvres lues dans tout le monde arabe.

Le vocabulaire du récit de soi

Arabe Français
السِّيرَةُ الذَّاتِيَّةُ l’autobiographie
المُذَكَّرَاتُ les mémoires
اليَوْمِيَّاتُ le journal intime
المُؤَلِّفُ l’auteur
الرَّاوِي le narrateur
الشَّخْصِيَّةُ le personnage
السَّرْدُ la narration, le récit
الذَّاكِرَةُ la mémoire (faculté)
الذِّكْرَى ج. الذِّكْرَيَاتُ le souvenir, les souvenirs
تَذَكَّرَ / يَتَذَكَّرُ se souvenir
الطُّفُولَةُ l’enfance
الصَّبِيُّ le jeune garçon
الفَتَى le jeune homme
الكُتَّابُ le kouttab, petite école traditionnelle de village
كَفِيفٌ aveugle (terme respectueux)
فَقَدَ بَصَرَهُ il a perdu la vue
البَصِيرَةُ la clairvoyance, la vue intérieure
طَلَبَ العِلْمَ chercher le savoir, faire des études
الهُوِيَّةُ l’identité
الاعْتِرَافُ l’aveu, la confidence
ضَمِيرُ المُتَكَلِّمِ la 1re personne (« je »)
ضَمِيرُ الغَائِبِ la 3e personne (« il », « elle »)
الاسْتِرْجَاعُ le retour en arrière
التَّقَالِيدُ les traditions
الحُرِّيَّةُ la liberté
الشَّاعِرَةُ la poétesse
تَحَرَّرَ / يَتَحَرَّرُ se libérer

Taha Hussein et الأَيَّامُ : la nuit et le savoir

Taha Hussein (طَه حُسَيْن) naît en 1889 dans un village de Haute-Égypte. Encore tout petit, il perd la vue à la suite d’une maladie des yeux mal soignée. Il fréquente le كُتَّابُ du village, puis part étudier au Caire, à Al-Azhar, puis à la nouvelle Université égyptienne, où il soutient en 1914 la première thèse de doctorat de cette université, consacrée au poète Abou al-Alaa al-Maarri, lui aussi aveugle. Il poursuit ses études en France, à Montpellier puis à Paris, où il épouse une Française, Suzanne Bresseau. De retour en Égypte, il devient professeur, écrivain et critique, puis ministre de l’Instruction publique de 1950 à 1952. On le surnomme عَمِيدُ الأَدَبِ العَرَبِيِّ, « le doyen des lettres arabes ». Il meurt au Caire en 1973.

Son autobiographie, الأَيَّامُ (« Les Jours »), compte trois parties. La première paraît d’abord dans une revue cairote en 1926 et 1927, puis en livre en 1929. Elle raconte l’enfance au village, la cécité, le désir d’apprendre et le départ vers Le Caire.

Règle

Dans الأَيَّامُ, Taha Hussein ne dit presque jamais « je ». Il parle de lui-même à la troisième personne (ضَمِيرُ الغَائِبِ) et appelle l’enfant qu’il était الصَّبِيُّ (« le jeune garçon ») ou الفَتَى (« le jeune homme »). Cette distance lui permet de regarder son passé avec tendresse, humour et parfois sévérité. C’est pourtant bien une autobiographie : le pacte est respecté, puisque l’enfant du livre est l’auteur lui-même.

Voici un court texte écrit pour ce cours, à la manière d’un récit d’enfance à la troisième personne (ce n’est pas un extrait de l’œuvre) :

كَانَ الصَّبِيُّ يَجْلِسُ كُلَّ مَسَاءٍ قُرْبَ البَابِ، يُصْغِي إِلَى أَصْوَاتِ القَرْيَةِ.

لَمْ يَكُنْ يَرَى وُجُوهَ النَّاسِ، لَكِنَّهُ كَانَ يَعْرِفُهُمْ مِنْ خُطُوَاتِهِمْ وَأَصْوَاتِهِمْ.

وَكَانَ يَحْلُمُ بِأَنْ يُسَافِرَ يَوْمًا إِلَى المَدِينَةِ الكَبِيرَةِ لِيَطْلُبَ العِلْمَ.

Traduction : Chaque soir, le jeune garçon s’asseyait près de la porte, prêtant l’oreille aux bruits du village. Il ne voyait pas le visage des gens, mais il les reconnaissait à leurs pas et à leurs voix. Et il rêvait de partir un jour pour la grande ville afin d’étudier.

Observe comment le monde est perçu par l’ouïe : يُصْغِي (il prête l’oreille), أَصْوَاتٌ (des voix, des bruits), خُطُوَاتٌ (des pas). Le savoir (العِلْمُ) apparaît comme une lumière intérieure : c’est ce que l’arabe appelle البَصِيرَةُ, la clairvoyance de celui qui ne voit pas avec les yeux.

Fadwa Touqan : رِحْلَةٌ جَبَلِيَّةٌ، رِحْلَةٌ صَعْبَةٌ

Fadwa Touqan (فَدْوَى طُوقَان) naît en 1917 à Naplouse et meurt en 2003. Retirée très jeune de l’école, elle grandit dans une maison où les règles familiales limitent la liberté des filles. C’est son frère aîné, le poète Ibrahim Touqan, qui l’initie à la poésie. Elle devient l’une des grandes poétesses arabes du XXe siècle. En 1985, elle publie son autobiographie, رِحْلَةٌ جَبَلِيَّةٌ، رِحْلَةٌ صَعْبَةٌ (« Voyage dans la montagne, voyage difficile »).

À la différence de Taha Hussein, Fadwa Touqan écrit à la première personne (ضَمِيرُ المُتَكَلِّمِ). Le titre fait de la vie une montée pénible : chaque étape conquise (lire, écrire, publier) est un pas vers la liberté (الحُرِّيَّةُ). L’écriture y devient un moyen de se libérer (تَحَرَّرَ) et d’exister aux yeux des autres.

Texte original écrit pour ce cours, avec une narratrice imaginaire :

كُنْتُ أَقِفُ خَلْفَ النَّافِذَةِ، أَنْظُرُ إِلَى الشَّارِعِ الَّذِي لَا أَسْتَطِيعُ أَنْ أَمْشِيَ فِيهِ وَحْدِي.

وَكَانَ الدَّفْتَرُ صَدِيقِي الوَحِيدَ: فِيهِ أَكْتُبُ مَا لَا أَقُولُهُ لِأَحَدٍ.

Traduction : Je me tenais derrière la fenêtre, regardant la rue où je ne pouvais pas marcher seule. Et le cahier était mon unique ami : j’y écrivais ce que je ne disais à personne.

Schéma du pacte autobiographique : auteur égale narrateur égale personnage, puis deux colonnes, je à la première personne avec Fadwa Touqan et il à la troisième personne avec Taha Hussein
Le pacte autobiographique et les deux voix possibles du récit de soi.

Les outils du récit de soi

Règle

Pour raconter une habitude ou une situation qui dure dans le passé (l’imparfait français), l’arabe emploie كَانَ conjugué à l’accompli, suivi du verbe à l’inaccompli (المُضَارِعُ) à la même personne : كَانَ يَجْلِسُ (il s’asseyait), كُنْتُ أَكْتُبُ (j’écrivais), كَانَتْ تَقْرَأُ (elle lisait), كُنَّا نَلْعَبُ (nous jouions). La négation se fait avec لَمْ يَكُنْ : لَمْ يَكُنْ يَرَى (il ne voyait pas).

Personne Arabe Traduction
je كُنْتُ أَتَذَكَّرُ je me souvenais
tu (m.) كُنْتَ تَتَذَكَّرُ tu te souvenais
il كَانَ يَتَذَكَّرُ il se souvenait
elle كَانَتْ تَتَذَكَّرُ elle se souvenait
nous كُنَّا نَتَذَكَّرُ nous nous souvenions
ils كَانُوا يَتَذَكَّرُونَ ils se souvenaient

D’autres outils reviennent souvent dans le récit de soi :

  • le retour en arrière (الاسْتِرْجَاعُ) : le narrateur adulte interrompt le récit pour revenir à un souvenir plus ancien ;
  • les verbes de mémoire : أَتَذَكَّرُ (je me souviens), مَا زِلْتُ أَذْكُرُ (je me rappelle encore), نَسِيتُ (j’ai oublié) ;
  • les marqueurs de temps : فِي طُفُولَتِي (dans mon enfance), ذَاتَ يَوْمٍ (un jour), بَعْدَ سَنَوَاتٍ (des années plus tard).

Exemple

Passage de la 3e à la 1re personne : لَمْ يَكُنْ يَرَى وُجُوهَ النَّاسِ (il ne voyait pas le visage des gens) devient لَمْ أَكُنْ أَرَى وُجُوهَ النَّاسِ (je ne voyais pas le visage des gens). Seuls كَانَ et le verbe changent de personne ; les pronoms suffixes suivent : خُطُوَاتِهِ (ses pas) devient خُطُوَاتِي (mes pas).

Attention

Un récit à la troisième personne n’est pas forcément un roman ! الأَيَّامُ reste une autobiographie, car l’enfant du livre est l’auteur lui-même. À l’inverse, un roman écrit à la première personne n’est pas une autobiographie si le narrateur est inventé. Autre piège : pour parler d’une personne aveugle, préfère le terme respectueux كَفِيفٌ à أَعْمَى.

À retenir

  • Autobiographie : السِّيرَةُ الذَّاتِيَّةُ ; pacte autobiographique : auteur = narrateur = personnage.
  • Taha Hussein (1889-1973), الأَيَّامُ : enfance, cécité, soif de savoir ; récit à la 3e personne.
  • Fadwa Touqan (1917-2003), رِحْلَةٌ جَبَلِيَّةٌ، رِحْلَةٌ صَعْبَةٌ (1985) : récit à la 1re personne, l’écriture comme libération.
  • Imparfait d’habitude : كَانَ + inaccompli (كُنْتُ أَكْتُبُ, j’écrivais).

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur l’autobiographie arabe, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur l’autobiographie arabe. Tu peux poursuivre avec le cours consacré au roman de Tayeb Salih, entre Nord et Sud.

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