Ce cours Tayeb Salih arabe Terminale présente l’écrivain soudanais Tayeb Salih (الطَّيِّب صَالِح aṭ-Ṭayyib Ṣāliḥ) et son roman le plus célèbre, مَوْسِمُ الهِجْرَةِ إِلَى الشَّمَالِ (Saison de la migration vers le Nord, 1966), pour travailler l’axe « Voyages, territoires, frontières » de la spécialité LLCER. Tu y trouveras un document original, le vocabulaire de l’exil et du retour, et des outils pour analyser au niveau B2 un roman construit entre deux rives.
Tous les textes arabes de cette page ont été écrits pour le site : aucun extrait du roman n’y est reproduit. Tu trouveras des résumés, des analyses et des phrases d’exemple que tu pourras réutiliser librement dans tes copies.
Tayeb Salih arabe Terminale : un écrivain entre deux rives
Tayeb Salih est né en 1929 dans un village du nord du Soudan, au bord du Nil. Après des études à Khartoum (الخُرْطُومُ), il part pour Londres, où il travaille de longues années à la section arabe de la radio publique britannique. Il passe ainsi l’essentiel de sa vie loin de son pays, entre l’Europe et le monde arabe, et meurt à Londres en 2009. Son œuvre, peu abondante, se compose de nouvelles et de romans courts, parmi lesquels عُرْسُ الزَّيْن (littéralement « le mariage de Zein »), qui se déroule lui aussi dans un village au bord du Nil.
Le roman مَوْسِمُ الهِجْرَةِ إِلَى الشَّمَالِ paraît en 1966. Il est souvent considéré par la critique comme l’un des romans arabes les plus importants du XXe siècle et il a été traduit dans de nombreuses langues, dont le français. Il est court, mais dense : il fait dialoguer deux personnages, deux espaces (le Nord et le Sud) et deux époques (la période coloniale et les années qui suivent l’indépendance du Soudan, en 1956).
Culture
Le mot مَوْسِمٌ désigne une période qui revient régulièrement : مَوْسِمُ الحَصَادِ (la saison des récoltes), مَوْسِمُ الفَيَضَانِ (la saison de la crue). Dans les villages du Nil, la crue annuelle rythmait autrefois les travaux des champs. Le titre du roman associe donc un temps cyclique, celui des saisons, et un mouvement géographique, celui de la migration (الهِجْرَةُ) vers le Nord.

Le document : un texte original à étudier
Le texte ci-dessous a été écrit pour ce site : c’est une présentation de l’auteur et un résumé du roman, pas un extrait. Comme au baccalauréat, il n’est vocalisé que sur les mots difficiles ; lis-le une première fois en entier, puis une seconde fois avec le tableau de vocabulaire.
الطَّيِّب صالح و«مَوْسِم الهجرة إلى الشمال»
وُلِدَ الطيب صالح سنة 1929 في قرية صغيرة من قرى شمال السودان، على ضِفَّة النيل. درس في الخرطوم، ثم سافر إلى لندن، وعمل سنوات طويلة في القسم العربي للإذاعة البريطانية. وتُوُفِّيَ في لندن سنة 2009.
صدرت روايته «موسم الهجرة إلى الشمال» سنة 1966، ويَعُدُّهَا كثير من النُّقَّاد من أهمّ الروايات العربية في القرن العشرين. وقد تُرْجِمَتْ إلى لغات كثيرة، منها الفرنسية.
تبدأ الرواية بعَوْدَة الرّاوي إلى قريته على مُنْعَطَف النيل، بعد سبع سنوات من الدراسة في أوروبا. وهناك يَلْتَقِي رجلًا غريبًا اسمه مصطفى سعيد، استقرّ في القرية وتزوّج فيها. يبدو هذا الرجل هادئًا، لكنّه يُخْفِي ماضيًا غامضًا: فقد كان طالبًا لامعًا في الخرطوم ثم في القاهرة ولندن، وعاش في الشمال حياة مُضْطَرِبَة انتهت بالسِّجْن.
وفي موسم الفَيَضَان يختفي مصطفى سعيد في النهر، ويترك للراوي رسالة يُوصِيهِ فيها بأسرته، ومِفْتَاحَ غرفة مُغْلَقَة مَلِيئَة بالكتب الإنجليزية. ومن خلال هاتين الشخصيتين تطرح الرواية أسئلة كبيرة عن الغُرْبَة والعَوْدَة والهُوِيَّة: هل يستطيع مَن عَبَرَ إلى الشمال أن يعود كما كان؟ وأين تقع الحدود بين ضِفَّتَيْن، وبين عالَمَيْن؟
Traduction : Tayeb Salih et « Saison de la migration vers le Nord ». Tayeb Salih est né en 1929 dans un petit village du nord du Soudan, sur la rive du Nil. Il a étudié à Khartoum, puis il est parti pour Londres, où il a travaillé de longues années à la section arabe de la radio britannique. Il est mort à Londres en 2009. Son roman « Saison de la migration vers le Nord » est paru en 1966, et beaucoup de critiques le comptent parmi les romans arabes les plus importants du XXe siècle. Il a été traduit dans de nombreuses langues, dont le français. Le roman commence par le retour du narrateur dans son village, sur un coude du Nil, après sept années d’études en Europe. Là, il rencontre un étranger nommé Mustafa Saïd, qui s’est installé au village et s’y est marié. Cet homme semble calme, mais il cache un passé mystérieux : il a été un brillant étudiant à Khartoum, puis au Caire et à Londres, et il a mené dans le Nord une vie agitée qui s’est terminée en prison. À la saison de la crue, Mustafa Saïd disparaît dans le fleuve et laisse au narrateur une lettre dans laquelle il lui confie sa famille, ainsi que la clé d’une pièce fermée remplie de livres anglais. À travers ces deux personnages, le roman pose de grandes questions sur l’exil, le retour et l’identité : celui qui a traversé vers le Nord peut-il revenir tel qu’il était ? Et où passe la frontière entre deux rives, et entre deux mondes ?
Comprendre le document
- Où Tayeb Salih est-il né, et où a-t-il passé une grande partie de sa vie ? Dans un village du nord du Soudan ; il a vécu et travaillé à Londres.
- Pourquoi le roman est-il important ? Beaucoup de critiques le placent parmi les romans arabes les plus importants du XXe siècle, et il a été largement traduit.
- D’où revient le narrateur au début du roman ? D’Europe, après sept ans d’études : بعد سبع سنوات من الدراسة في أوروبا.
- Pourquoi Mustafa Saïd est-il qualifié de غَرِيب ? Il n’est pas né au village : il est venu d’ailleurs et cache un passé que personne ne connaît.
- Que laisse-t-il au narrateur en disparaissant ? Une lettre qui lui confie sa famille et la clé d’une pièce fermée pleine de livres anglais.
Mustafa Saïd, un personnage entre deux mondes
Le roman repose sur un face-à-face. D’un côté, le narrateur (الرَّاوِي), qui n’est jamais nommé : il revient d’Europe et veut croire qu’il retrouve son village intact. De l’autre, Mustafa Saïd (مُصْطَفَى سَعِيد Muṣṭafā Saʿīd), qui a fait avant lui le même voyage vers le Nord, mais l’a vécu jusqu’à la catastrophe. Peu à peu, le narrateur découvre que cet étranger lui ressemble : Mustafa Saïd devient une sorte de double, une image de ce qu’il pourrait devenir.
Le parcours de Mustafa Saïd mène de l’école de Khartoum au Caire, puis à Londres, où il devient un intellectuel reconnu ; sa vie y est marquée par des relations qui finissent de façon tragique, un procès et des années de prison. Revenu au Sud, il choisit le silence et s’installe dans un village où personne ne le connaît. La pièce fermée (الغُرْفَةُ المُغْلَقَةُ) qu’il laisse derrière lui est un symbole fort : elle enferme la part du Nord qu’il a rapportée avec lui, ses livres et ses souvenirs.
Définition
Le narrateur (الرَّاوِي) est la voix qui raconte l’histoire ; l’auteur (الكَاتِبُ ou المُؤَلِّفُ) est la personne réelle qui a écrit le livre. Dans مَوْسِمُ الهِجْرَةِ إِلَى الشَّمَالِ, le narrateur parle à la première personne, mais ce n’est pas Tayeb Salih : c’est un personnage de fiction.

Nord et Sud, exil et retour : les grands thèmes
- L’exil (الغُرْبَةُ) : Mustafa Saïd est un étranger à Londres, mais aussi dans le village où il s’installe. Le narrateur, lui, découvre qu’on peut se sentir étranger chez soi après une longue absence.
- Le retour (العَوْدَةُ) : revenir ne signifie pas retrouver le passé intact. Le roman montre qu’un voyage transforme à la fois celui qui part et le regard qu’il porte sur son pays.
- La rive (الضِّفَّةُ) : le Nil sépare et relie. Il marque une frontière entre deux espaces, mais il est aussi le lieu de la vie du village, des cultures et de la crue.
- Le Nord et le Sud (الشَّمَالُ وَالجَنُوبُ) : le roman se déroule à l’époque où le Soudan sort de l’administration britannique. La relation entre l’Europe et l’Afrique y est vue à travers des destins individuels, sans discours abstrait.
La langue de l’axe : vocabulaire et racines
| Arabe | Français |
|---|---|
| الغُرْبَةُ | l’exil, le sentiment d’être étranger loin des siens |
| العَوْدَةُ | le retour |
| الضِّفَّةُ (ج. الضِّفَافُ) | la rive |
| الهِجْرَةُ | la migration, l’émigration |
| الشَّمَالُ | le Nord |
| الجَنُوبُ | le Sud |
| مَوْسِمٌ (ج. مَوَاسِمُ) | une saison, une période qui revient |
| الرَّاوِي | le narrateur |
| النِّيلُ | le Nil |
| قَرْيَةٌ (ج. قُرًى) | un village |
| المَنْفَى | l’exil (le lieu où l’on vit loin de son pays) |
| الحَنِينُ إِلَى الوَطَنِ | la nostalgie du pays natal |
| الهُوِيَّةُ | l’identité |
| الاِنْتِمَاءُ | l’appartenance |
| غَرِيبٌ (ج. غُرَبَاءُ) | un étranger ; étrange |
| الفَيَضَانُ | la crue |
| مُنْعَطَفُ النَّهْرِ | le coude, le méandre du fleuve |
| الاِسْتِعْمَارُ | la colonisation |
| سِرٌّ (ج. أَسْرَارٌ) | un secret |
| الذَّاكِرَةُ | la mémoire |
| رِوَايَةٌ | un roman |
| شَخْصِيَّةٌ | un personnage |
| غَامِضٌ | mystérieux |
| الحُدُودُ (م. حَدٌّ) | les frontières, les limites |
| الصِّرَاعُ | la confrontation, le conflit |
| عَبَرَ، يَعْبُرُ | traverser |
| رَحَلَ، يَرْحَلُ | partir, quitter un lieu |
| اِغْتَرَبَ، يَغْتَرِبُ | s’expatrier, vivre loin des siens |
| اِخْتَفَى، يَخْتَفِي | disparaître |
Une racine, plusieurs sens
La racine غ ر ب réunit plusieurs idées liées : الغَرْبُ (l’ouest, l’Occident), غُرُوبُ الشَّمْسِ (le coucher du soleil), غَرِيبٌ (étranger, étrange), الغُرْبَةُ (l’exil) et اِغْتَرَبَ (forme VIII, schème اِفْتَعَلَ : s’expatrier), dont le masdar est الاِغْتِرَابُ. Le lien est parlant pour notre roman : l’Occident est le lieu de l’éloignement et du sentiment d’être étranger.
Règle
Les verbes de déplacement se construisent avec une préposition précise : عَادَ إِلَى (revenir à), عَادَ مِنْ (revenir de), هَاجَرَ إِلَى (émigrer vers), اِسْتَقَرَّ فِي (s’installer dans), رَحَلَ عَنْ (quitter). En revanche, عَبَرَ est transitif direct : عَبَرَ النَّهْرَ (il a traversé le fleuve).
Exemple
عَادَ الرَّاوِي إِلَى قَرْيَتِهِ بَعْدَ سَبْعِ سَنَوَاتٍ.
Le narrateur est revenu dans son village après sept ans.
اِسْتَقَرَّ الغَرِيبُ فِي القَرْيَةِ وَتَزَوَّجَ فِيهَا.
L’étranger s’est installé au village et s’y est marié.
شَعَرَ الطَّالِبُ بِالغُرْبَةِ فِي المَدِينَةِ الكَبِيرَةِ.
L’étudiant s’est senti étranger dans la grande ville.
Règle
Pour résumer une œuvre, l’arabe emploie volontiers l’inaccompli (المُضَارِعُ), comme le présent de narration en français : يَعُودُ الرَّاوِي إِلَى قَرْيَتِهِ، فَيَلْتَقِي رَجُلًا غَرِيبًا. (Le narrateur revient dans son village et y rencontre un étranger.) Pour raconter un fait passé de la vie de l’auteur, on emploie l’accompli : وُلِدَ الطَّيِّب صَالِح سَنَةَ 1929.
Pièges à éviter
Attention
- الغَرْبُ (l’Occident) et الغُرْبَةُ (l’exil) ont la même racine mais pas les mêmes voyelles : relis bien les harakât.
- الضِّفَّةُ (la rive, avec ض) ne doit pas être confondue avec الصِّفَةُ (la qualité, l’adjectif, avec ص).
- Avec سَنَةٌ, nom féminin, le nombre de 3 à 10 prend la forme masculine : سَبْعُ سَنَوَاتٍ, et non « سَبْعَةُ سَنَوَاتٍ ».
- Ne confonds pas l’auteur et le narrateur, et n’invente jamais de citation : au baccalauréat, on résume et on analyse avec ses propres mots.
À retenir
- Tayeb Salih (1929-2009), écrivain soudanais, a vécu une grande partie de sa vie à Londres.
- مَوْسِمُ الهِجْرَةِ إِلَى الشَّمَالِ paraît en 1966 : le narrateur revient d’Europe et rencontre Mustafa Saïd, un étranger au passé mystérieux qui disparaît dans le Nil pendant la crue.
- Les thèmes clés : الغُرْبَةُ, العَوْدَةُ, الضِّفَّةُ, le Nord et le Sud, l’identité.
- Les verbes de déplacement ont leur préposition : عَادَ إِلَى, هَاجَرَ إِلَى, اِسْتَقَرَّ فِي, رَحَلَ عَنْ.
- On résume une œuvre à l’inaccompli, sans citation inventée.


