Ce cours sur la Nahda arabe Terminale présente النَّهْضَةُ, la renaissance culturelle arabe des XIXe et XXe siècles, à travers l’imprimerie, la presse, la traduction et trois figures majeures : رِفَاعَةُ الطَّهْطَاوِيُّ Rifāʿa aṭ-Ṭahṭāwī, بُطْرُسُ البُسْتَانِيُّ Buṭrus al-Bustānī et مَيّ زِيَادَة Mayy Ziyāda. Il s’inscrit dans la thématique LLCER « Arts et débats d’idées » et prépare au commentaire comme à l’essai.
La Nahda arabe Terminale : définir une renaissance
Définition
النَّهْضَةُ (de la racine ن ه ض, « se lever ») désigne le vaste mouvement de renouveau culturel qui touche le monde arabe du XIXe siècle au début du XXe siècle, surtout en Égypte et au Levant (Beyrouth, Damas, Alep). Il associe deux mouvements : l’ouverture aux savoirs venus d’Europe par la traduction, et la remise à l’honneur, إِحْيَاءٌ, du patrimoine littéraire arabe, التُّرَاثُ.
Les historiens discutent du point de départ : l’expédition française en Égypte (1798-1801) est souvent citée, mais beaucoup insistent sur les transformations internes des sociétés arabes. Ce qui est sûr, c’est que trois outils ont porté ce renouveau : l’imprimerie, la presse et l’école.
Culture
Au Caire, l’imprimerie de Būlāq, مَطْبَعَةُ بُولَاق, fondée dans les années 1820 sous le gouvernement de Muḥammad ʿAlī, publie manuels, traductions et textes classiques. À Beyrouth et au Caire, journaux et revues se multiplient dans la seconde moitié du XIXe siècle : la الصِّحَافَةُ devient un lieu de débat où l’on discute de langue, de sciences et de société.

Document : un texte de présentation
Le texte suivant a été écrit pour ce cours : ce n’est pas un document d’époque. Comme dans un texte authentique, il est peu vocalisé ; seuls les mots difficiles portent leurs voyelles. Le lire une première fois pour l’idée générale, puis paragraphe par paragraphe avec le tableau de vocabulaire.
فِي القَرْنِ التَّاسِعَ عَشَرَ، عرفت مدنٌ عربية كثيرة، مثل القاهرة وبيروت، حركةً ثقافية واسعة سُمِّيَتْ «النَّهْضَة». انتشرت المَطَابِعُ، فصار الكتاب أَرْخَصَ وأقربَ إلى القُرَّاء، وظهرت الصُّحُف والمَجَلَّات التي تنشر الأخبار والمقالات والقصص المُتَرْجَمَة.
وكان رُوَّادُ النهضة يرون أن التعليم مفتاحُ التَّقَدُّم، فسافر بعضهم إلى أوروبّا ليتعلّموا لغاتها وعلومها، ثم عادوا ليُتَرْجِمُوا ويُؤَلِّفُوا ويُنْشِئُوا المدارس. ومن أشهرهم رفاعة الطهطاوي، الذي أقام في باريس خمس سنوات، ثم نقل إلى قرّائه صورةً مُفَصَّلَة عن المجتمع الفرنسي.
ولم تكن النهضة نَقْلًا عن أوروبّا فقط، بل كانت أيضًا إِحْيَاءً للتُّرَاث العربي القديم: فقد اهتمّ الكُتَّاب بتجديد اللغة، ووضعوا المَعَاجِم والمَوْسُوعَات، وناقشوا قضايا جديدة مثل تعليم البنات ودور الصحافة في المجتمع.
وفي الصالونات الأدبية، كصالون مَيّ زِيَادَة في القاهرة، كان الأُدَبَاء يلتقون لِيَتَحَاوَرُوا في الأدب والفكر. ويرى كثير من المؤرّخين أن النهضة مَهَّدَتْ للأدب العربي الحديث بكل أشكاله، من الرواية إلى المسرح.
Vocabulaire clé de la Nahda
| Arabe | Français |
|---|---|
| النَّهْضَةُ | la renaissance (la Nahda) |
| رَائِدٌ ج رُوَّادٌ | pionnier(s) |
| مَطْبَعَةٌ ج مَطَابِعُ | imprimerie(s) |
| الطِّبَاعَةُ | l’impression, l’imprimerie (technique) |
| صَحِيفَةٌ ج صُحُفٌ | journal, journaux |
| الصِّحَافَةُ | la presse |
| مَجَلَّةٌ | revue |
| مَقَالَةٌ | article |
| التَّرْجَمَةُ | la traduction |
| مُتَرْجِمٌ | traducteur |
| مُعْجَمٌ ج مَعَاجِمُ | dictionnaire(s) |
| مَوْسُوعَةٌ / دَائِرَةُ مَعَارِفَ | encyclopédie |
| بَعْثَةٌ عِلْمِيَّةٌ | mission d’études |
| أَدَبُ الرِّحْلَةِ | la littérature de voyage |
| صَالُونٌ أَدَبِيٌّ | salon littéraire |
| أَدِيبٌ ج أُدَبَاءُ | écrivain, homme de lettres |
| أَدِيبَةٌ | femme de lettres |
| مُفَكِّرٌ | penseur |
| التُّرَاثُ | le patrimoine, l’héritage |
| إِحْيَاءٌ | renaissance, remise à l’honneur |
| التَّجْدِيدُ | le renouvellement |
| الحَدَاثَةُ | la modernité |
| التَّقَدُّمُ | le progrès |
| قَضِيَّةٌ ج قَضَايَا | question, sujet de débat |
| حِوَارٌ | dialogue, débat |
| أَلَّفَ يُؤَلِّفُ | composer un ouvrage |
| نَشَرَ يَنْشُرُ | publier |
| قَارِئٌ ج قُرَّاءٌ | lecteur(s) |
Questions de compréhension
- أَيْنَ وَمَتَى ظَهَرَتِ النَّهْضَةُ؟ (Où et quand la Nahda est-elle apparue ?)
- مَا أَثَرُ انْتِشَارِ المَطَابِعِ؟ (Quel a été l’effet de la diffusion des imprimeries ?)
- لِمَاذَا سَافَرَ بَعْضُ الرُّوَّادِ إِلَى أُورُوبَّا؟ (Pourquoi certains pionniers sont-ils allés en Europe ?)
- لِمَاذَا لَمْ تَكُنِ النَّهْضَةُ نَقْلًا عَنْ أُورُوبَّا فَقَطْ؟ (Pourquoi la Nahda n’était-elle pas seulement un emprunt à l’Europe ?)
- مَا دَوْرُ الصَّالُونَاتِ الأَدَبِيَّةِ؟ (Quel était le rôle des salons littéraires ?)
Méthode
- Repérer les connecteurs qui organisent le texte : فَـ, ثُمَّ, لَمْ… فَقَطْ، بَلْ… أَيْضًا.
- Répondre en arabe par une phrase complète, en reprenant les mots du texte sans recopier la phrase entière.
- Pistes : 1. au XIXe siècle, au Caire et à Beyrouth ; 2. des livres moins chers et plus de lecteurs ; 3. pour apprendre les langues et les sciences ; 4. elle a aussi fait revivre le patrimoine ; 5. lieux de dialogue entre écrivains.
Trois figures de la Nahda

رِفَاعَةُ الطَّهْطَاوِيُّ (1801-1873) : un regard égyptien sur Paris
Né à Ṭahṭā, en Haute-Égypte, et formé à al-Azhar au Caire, رِفَاعَةُ الطَّهْطَاوِيُّ Rifāʿa aṭ-Ṭahṭāwī part en 1826 pour Paris : il accompagne, comme imam, une بَعْثَةٌ عِلْمِيَّةٌ d’étudiants égyptiens envoyée par Muḥammad ʿAlī. Il y apprend le français, lit beaucoup et traduit. Rentré en 1831, il publie en 1834 son récit de séjour, تَخْلِيصُ الإِبْرِيزِ فِي تَلْخِيصِ بَارِيز, traduit en français sous le titre L’Or de Paris. Il y décrit la ville, ses institutions, sa presse, ses sciences et les événements de juillet 1830, tantôt avec admiration, tantôt avec distance. En 1835, il dirige au Caire l’École des langues, مَدْرَسَةُ الأَلْسُنِ, qui forme des traducteurs.
بُطْرُسُ البُسْتَانِيُّ (1819-1883) : le dictionnaire et l’encyclopédie
Pédagogue et lexicographe né au Mont-Liban, بُطْرُسُ البُسْتَانِيُّ Buṭrus al-Bustānī fonde à Beyrouth en 1863 l’École nationale, المَدْرَسَةُ الوَطَنِيَّةُ. Entre 1867 et 1870, il publie مُحِيطُ المُحِيطِ, un grand مُعْجَمٌ de la langue arabe pensé pour les lecteurs de son temps. Dans les années 1870, il lance دَائِرَةُ المَعَارِفِ, la première encyclopédie arabe moderne, que sa famille poursuit après sa mort.
مَيّ زِيَادَة (1886-1941) : le salon littéraire
Née à Nazareth, installée au Caire avec sa famille au début du XXe siècle, مَيّ زِيَادَة Mayy Ziyāda écrit en arabe, en français et en anglais. Elle publie en 1911, sous un pseudonyme, un recueil de poèmes en français, Fleurs de rêve, puis devient journaliste, traductrice et essayiste. À partir des années 1910, elle reçoit chez elle chaque mardi écrivains, journalistes et penseurs : son صَالُونٌ أَدَبِيٌّ devient l’un des lieux de débat les plus célèbres du Caire. Elle entretient aussi une longue correspondance avec l’écrivain libanais Gibran Khalil Gibran, sans qu’ils se soient jamais rencontrés.
Arts et débats d’idées : les grandes questions de la Nahda
- La langue : comment dire en arabe les inventions nouvelles ? Les auteurs créent des mots, en empruntent d’autres et allègent le style de la prose, entre التَّجْدِيدُ (renouvellement) et fidélité à la langue classique.
- Patrimoine et modernité : on réédite les grands textes anciens tout en traduisant les savoirs européens ; le débat التُّرَاثُ وَالحَدَاثَةُ naît à cette époque.
- L’éducation des filles : la question est vivement discutée ; en 1899, le livre de Qāsim Amīn, تَحْرِيرُ المَرْأَةِ, relance la controverse.
- Les arts : en 1847, à Beyrouth, Mārūn an-Naqqāsh fait jouer chez lui une pièce inspirée de L’Avare de Molière, souvent présentée comme l’une des premières pièces du théâtre arabe moderne.
Attention
Ne pas réduire la Nahda à une simple imitation de l’Europe, ni à l’Égypte seule : c’est un mouvement pluriel, nourri d’échanges et de débats. Dans une copie, éviter aussi les citations inventées : on présente les idées d’un auteur avec ses propres mots, par exemple يَرَى الطَّهْطَاوِيُّ أَنَّ… suivi d’une reformulation, en précisant que c’est un résumé.
Sujet d’expression écrite
Sujet : « La Nahda a-t-elle été seulement une imitation de l’Europe ? » Rédiger en arabe une réponse argumentée de 200 à 250 mots, en s’appuyant sur au moins deux figures du chapitre.
Méthode
- Introduire : définir la Nahda et annoncer la question.
- Argumenter en deux temps : مِنْ جِهَةٍ… l’apport de la traduction et des voyages ; وَمِنْ جِهَةٍ أُخْرَى… le travail sur la langue, les dictionnaires et le patrimoine.
- Illustrer chaque idée par un fait précis (date, œuvre, institution) et relier avec بِالإِضَافَةِ إِلَى ذَلِكَ, لِذَلِكَ, بَلْ.
- Conclure avec فِي الخِتَامِ et une ouverture sur la littérature arabe moderne.
À retenir
- النَّهْضَةُ : renouveau culturel arabe (XIXe – début XXe s.), en Égypte et au Levant.
- Ses outils : imprimerie (Būlāq, années 1820), presse, traduction, écoles, dictionnaires, salons.
- رِفَاعَةُ الطَّهْطَاوِيُّ Rifāʿa aṭ-Ṭahṭāwī : à Paris de 1826 à 1831, récit publié en 1834, École des langues en 1835.
- بُطْرُسُ البُسْتَانِيُّ Buṭrus al-Bustānī : مُحِيطُ المُحِيطِ (1867-1870) et la première encyclopédie arabe moderne.
- مَيّ زِيَادَة Mayy Ziyāda : femme de lettres trilingue, salon du mardi au Caire.
Pour aller plus loin
S’entraîner avec les exercices sur la Nahda, puis tester ses connaissances avec le QCM sur la Nahda. Pour un autre regard sur l’écriture de soi, lire aussi le cours l’autobiographie en LLCER.


