Aller au contenu

La poésie arabe moderne : cours d’arabe TerminaleÀ télécharger en PDF et à imprimer gratuitement

Cours d’arabe Terminale : La poésie arabe moderne

📄 Télécharger en PDF et imprimer gratuitement

  • par
Note cette fiche

Ce cours sur le vers libre arabe Terminale retrace le passage de la poésie classique, fondée sur البَيْتُ, البَحْرُ et القَافِيَةُ, au شِعْرُ التَّفْعِيلَةِ né en Irak en 1947, puis au poème en prose. Il présente Nāzik al-Malāʾika, Badr Shākir as-Sayyāb et Adonis, et donne les outils pour commenter un poème moderne dans la thématique LLCER « Arts et débats d’idées ».

La poésie classique : le vers, le mètre et la rime

Pendant plus de mille ans, la poésie arabe a suivi un modèle très stable, celui de la قَصِيدَةُ (poème long et monorime). Les critiques modernes l’appellent القَصِيدَةُ العَمُودِيَّةُ, « le poème en colonnes », parce que chaque vers s’écrit sur deux colonnes séparées par un blanc.

Définition

  • البَيْتُ : le vers, formé de deux hémistiches (الشَّطْرُ) : le premier est الصَّدْرُ, le second العَجُزُ.
  • البَحْرُ : le mètre, c’est-à-dire un modèle fixe de syllabes brèves et longues. Les mètres sont décrits par عِلْمُ العَرُوضِ, la métrique, que الخَلِيلُ بْنُ أَحْمَدَ الفَرَاهِيدِيُّ (al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī) a mise en forme au VIIIe siècle ; la tradition retient seize mètres.
  • التَّفْعِيلَةُ : le pied, unité qui compose le mètre. On le nomme avec des mots de la racine ف ع ل : فَعُولُنْ, فَاعِلُنْ, مُسْتَفْعِلُنْ, مُتَفَاعِلُنْ…
  • القَافِيَةُ : la rime ; sa consonne d’appui, الرَّوِيُّ, revient à la fin de tous les vers du poème.

Voici un vers écrit pour ce cours sur le mètre المُتَقَارِبُ (le pied فَعُولُنْ répété quatre fois dans chaque hémistiche, le dernier étant raccourci) :

أُغَنِّي لِبَحْرٍ بَعِيدِ المَدَى … وَأَمْشِي عَلَى الرَّمْلِ حَتَّى النَّدَى

Traduction : Je chante pour une mer aux horizons lointains, et je marche sur le sable jusqu’à la rosée.

Le رَوِيّ est ici la lettre د : المَدَى / النَّدَى. Dans une qaṣīda, tous les vers se termineraient par cette même rime.

En haut, un vers classique arabe en deux cases côte à côte, le premier hémistiche étiqueté ṣadr et le second ʿajuz ; en bas, six lignes de vers libre disposées en escalier, chacune accompagnée d’une barre orange indiquant 1, 2, 3, 4, 2 puis 1 pied
Le vers classique en deux hémistiches face au vers libre en lignes inégales.

1947 : le vers libre arabe Terminale, une révolution de la forme

En 1947, en Irak, deux jeunes poètes publient des poèmes qui rompent avec le vers en deux hémistiches. نَازِك المَلَائِكَة (Nāzik al-Malāʾika, 1923-2007) écrit un poème intitulé الكُولِيرَا sur l’épidémie de choléra qui frappe alors l’Égypte. La même année, بَدْر شَاكِر السَّيَّاب (Badr Shākir as-Sayyāb, 1926-1964) publie son premier recueil, أَزْهَارٌ ذَابِلَةٌ, où figure lui aussi un poème de forme nouvelle. La question de savoir lequel des deux fut le premier a longtemps été discutée ; on retient surtout la date de 1947 et le rôle de Bagdad.

Nāzik al-Malāʾika est aussi une théoricienne : la préface de son recueil شَظَايَا وَرَمَادٌ (1949) défend la nouvelle forme, et son essai قَضَايَا الشِّعْرِ المُعَاصِرِ (1962) en fixe les règles. Le mouvement gagne ensuite tout le monde arabe, avec des poètes comme ʿAbd al-Wahhāb al-Bayātī en Irak ou Ṣalāḥ ʿAbd aṣ-Ṣabūr en Égypte.

Règle

Le شِعْرُ التَّفْعِيلَةِ garde le pied d’un mètre classique, mais le répète un nombre variable de fois. Le vers en deux hémistiches est remplacé par السَّطْرُ الشِّعْرِيُّ, une ligne qui peut compter un seul pied ou cinq ou six. La rime devient libre : elle peut changer, revenir ou disparaître. On utilise surtout des mètres construits sur un pied unique, comme المُتَقَارِبُ (فَعُولُنْ), الرَّجَزُ (مُسْتَفْعِلُنْ), الكَامِلُ (مُتَفَاعِلُنْ) ou الرَّمَلُ (فَاعِلَاتُنْ).

Compter les pieds d’une ligne

On compte ce qui se prononce, pas ce qui s’écrit : une syllabe brève (notée u) est une consonne suivie d’une voyelle brève ; une syllabe longue (notée –) est une consonne suivie d’une voyelle longue, ou d’une voyelle brève puis d’une consonne sans voyelle. La chadda compte pour deux consonnes, et l’article assimilé se lit avec le mot qui le suit. Le pied فَعُولُنْ a la forme u – –.

Quatre cases portant les mots kaṭayrin, ṣaghīrin, yunādī et samāʾan, chacune au-dessus du pied faʿūlun et du schéma brève-longue-longue, numérotées pied 1 à pied 4
Une ligne de quatre pieds faʿūlun : chaque mot correspond ici à un pied.

Voici le poème libre de l’illustration 1, écrit pour ce cours. Les lignes comptent 1, 2, 3, 4, 2 puis 1 pied : la forme dessine une vague qui monte et redescend.

أُغَنِّي

لِبَحْرٍ بَعِيدٍ

وَأَمْشِي عَلَى الرَّمْلِ وَحْدِي

كَطَيْرٍ صَغِيرٍ يُنَادِي سَمَاءً

نَهَارًا وَلَيْلًا

وَأَبْقَى

Traduction : Je chante / pour une mer lointaine / et je marche seul sur le sable / comme un petit oiseau qui appelle un ciel / jour et nuit / et je demeure.

Attention

« Libre » ne veut pas dire « sans règle ». Le الشِّعْرُ الحُرُّ arabe reste mesuré : il est donc plus proche du vers libéré que du vers libre français, qui abandonne le mètre. L’équivalent arabe de ce dernier est plutôt قَصِيدَةُ النَّثْرِ. Dans une copie, préférer l’expression شِعْرُ التَّفْعِيلَةِ, qui évite la confusion.

Badr Shākir as-Sayyāb et « أُنْشُودَةُ المَطَرِ »

Né en 1926 à Jaykūr, un village proche de Bassora, dans le sud de l’Irak, Sayyāb fait ses études à Bagdad. Son recueil أُنْشُودَةُ المَطَرِ (« Le Chant de la pluie »), paru en 1960, est l’un des plus étudiés de la poésie arabe moderne. Le poème qui lui donne son titre est un long texte en vers libre. Ses droits étant protégés, il n’est pas reproduit ici : on en donne seulement une analyse.

  • Le refrain : le mot « pluie » revient sans cesse, comme une اللَّازِمَةُ ; ce التَّكْرَارُ crée le الإِيقَاعُ du poème et lui donne une allure de chant.
  • Le symbole : la pluie est un رَمْزٌ à double sens. Elle annonce la fécondité et le renouveau de la terre, mais elle accompagne aussi la tristesse, l’exil et la faim.
  • Les images : la الصُّورَةُ الشِّعْرِيَّةُ mêle paysages d’Irak (palmiers, golfe, villages) et souvenirs d’enfance, si bien que le paysage devient intérieur.
  • Le mythe : la critique rattache souvent Sayyāb aux poètes qui utilisent la الأُسْطُورَةُ de la mort et de la renaissance de la végétation, comme le dieu mésopotamien Tammūz.

Culture

Le vers libre a changé la place du poète : il ne parle plus seulement au nom de la tribu ou de la cour, mais exprime une expérience personnelle et collective à la fois. Les lignes inégales suivent le souffle et l’émotion, ce qui rapproche la lecture d’une respiration.

Adonis et le poème en prose (قَصِيدَةُ النَّثْرِ)

أَدُونِيس (Adonis) est le nom de plume de عَلِي أَحْمَد سَعِيد (ʿAlī Aḥmad Saʿīd), poète né en 1930 en Syrie. Il est l’un des animateurs de la revue شِعْر (Shiʿr), fondée à Beyrouth en 1957 par Yūsuf al-Khāl. Autour de cette revue, des poètes défendent la قَصِيدَةُ النَّثْرِ : un poème sans mètre ni rime, dont le rythme naît des images, des répétitions, des phrases parallèles et des ruptures. Le terme lui-même s’inspire de l’expression française « poème en prose ».

Définition

La حَدَاثَةُ (modernité) désigne, en poésie arabe, le refus d’imiter les modèles anciens et la recherche d’une رُؤْيَا, une vision personnelle du monde. Pour ses défenseurs, la poésie se reconnaît moins à son وَزْن qu’à la nouveauté de son regard. Pour ses adversaires, un texte sans mètre perd ce qui fait la poésie arabe. Ce débat est au cœur de la thématique « Arts et débats d’idées ».

Frise chronologique avec quatre étapes : VIIIe siècle, al-Khalīl décrit les mètres ; 1947, naissance du vers libre en Irak ; 1957, revue Shiʿr à Beyrouth ; années 1960, essor du poème en prose
Quatre étapes de la poésie arabe, du mètre classique au poème en prose.

Exemple de poème en prose, écrit pour ce cours (comme un texte authentique, il est peu vocalisé) :

«مدينة على الزُّجَاج»

أكتب اسم المدينة على زُجَاجِ النافذة، فَيَمْحُوهُ البُخَار. أكتبه مرّة أخرى، فيصير غَيْمَةً صغيرة. المدينة لا تسكن في الخَرَائِط، بل في الأصوات: في بائع الخبز الذي يُغَنِّي، وفي الدَّرَّاجَات التي تَعْبُرُ الجِسْر، وفي أمّي حين تُنَادِي من الشُّرْفَة. أُغْمِضُ عَيْنَيَّ، فأرى الشوارع كلَّها تمشي نحوي.

Traduction : « Une ville sur la vitre ». J’écris le nom de la ville sur la vitre de la fenêtre, et la buée l’efface. Je l’écris encore, et il devient un petit nuage. La ville n’habite pas les cartes, mais les voix : le marchand de pain qui chante, les vélos qui traversent le pont, ma mère quand elle appelle du balcon. Je ferme les yeux, et je vois toutes les rues marcher vers moi.

Aucun pied régulier ici : le rythme vient de l’anaphore (في … وفي … وفي), de la reprise du verbe أكتب et de la chute finale, une image surprenante.

Document et vocabulaire pour commenter un poème moderne

Le document suivant a été écrit pour ce cours ; ce n’est pas un texte d’époque. Comme dans un texte authentique, il est peu vocalisé : seuls les mots difficiles portent leurs voyelles.

ظَلَّ الشعر العربي قرونًا طويلة وَفِيًّا لشكل القصيدة العَمُودِيَّة: بيتٌ من شَطْرَيْن، وبحرٌ واحد، وقافيةٌ واحدة تتكرّر حتى آخر القصيدة. وفي منتصف القرن العشرين، شعر عددٌ من الشعراء الشباب بأنّ هذا الشكل لم يَعُدْ يَتَّسِعُ لتجاربهم الجديدة.

في سنة 1947، ظهرت في العراق قصائدُ لا تَلْتَزِمُ بعددٍ ثابت من التَّفْعِيلَات في كل سطر، فَوُلِدَ ما سُمِّيَ «الشعر الحرّ» أو «شعر التفعيلة». ومن أَبْرَزِ رُوَّادِه نازك الملائكة وبدر شاكر السيّاب. لم يَتَخَلَّ هؤلاء الشعراء عن الإِيقَاع، بل جعلوه أكثر مُرُونَة، فصار السطر الشعري يطول ويَقْصُر بحسب المعنى والإحساس.

ثم ذهب شعراء آخرون أبعدَ من ذلك، فكتبوا «قصيدة النثر» التي لا وَزْنَ فيها ولا قَافِيَةَ، واجتمع كثيرٌ منهم حول مجلّة «شعر» التي صدرت في بيروت سنة 1957. ويُعَدُّ أدونيس من أشهر المُدَافِعِين عن هذا الاتّجاه.

واليوم، تعيش الأشكال الثلاثة جَنْبًا إلى جَنْب: فبعض الشعراء ما زالوا يكتبون القصيدة العمودية، وبعضهم يُفَضِّلُ التفعيلة أو النثر. والسؤال الذي يطرحه هذا التاريخ هو: أَيَكْمُنُ الشعر في الوزن، أم في الصورة والرُّؤْيَا؟

Traduction : Pendant de longs siècles, la poésie arabe est restée fidèle à la forme du poème classique : un vers de deux hémistiches, un seul mètre et une seule rime répétée jusqu’à la fin du poème. Au milieu du XXe siècle, de jeunes poètes ont senti que cette forme ne suffisait plus à leurs expériences nouvelles. En 1947 parurent en Irak des poèmes qui ne respectaient plus un nombre fixe de pieds par ligne : ainsi naquit ce qu’on appela « vers libre » ou « poésie du pied ». Parmi ses pionniers figurent Nāzik al-Malāʾika et Badr Shākir as-Sayyāb. Ils n’abandonnèrent pas le rythme, ils l’assouplirent : la ligne s’allonge ou se raccourcit selon le sens et l’émotion. D’autres allèrent plus loin et écrivirent le « poème en prose », sans mètre ni rime ; beaucoup se réunirent autour de la revue Shiʿr, parue à Beyrouth en 1957. Adonis compte parmi les plus célèbres défenseurs de ce courant. Aujourd’hui, les trois formes coexistent. La question que pose cette histoire est : la poésie réside-t-elle dans le mètre, ou dans l’image et la vision ?

Questions de compréhension

  1. Relever les trois éléments qui définissent la qaṣīda classique.
  2. Justifier l’expression « plus de souplesse » à partir du deuxième paragraphe.
  3. Expliquer la différence entre شعر التفعيلة et قصيدة النثر selon le texte.
  4. Reformuler en français la question finale du document.

Sujet d’expression écrite

أَيَكْمُنُ الشِّعْرُ فِي الوَزْنِ أَمْ فِي الصُّورَةِ وَالرُّؤْيَا؟

Rédiger en arabe un texte argumenté de 150 à 200 mots qui répond à cette question en s’appuyant sur les exemples du cours.

Vocabulaire clé

Arabe Français
البَيْتُ ج الأَبْيَاتُ le vers (poésie classique)
الشَّطْرُ ج الأَشْطُرُ l’hémistiche
الصَّدْرُ le premier hémistiche
العَجُزُ le second hémistiche
البَحْرُ ج البُحُورُ le mètre
الوَزْنُ la mesure, la métrique d’un vers
التَّفْعِيلَةُ ج التَّفْعِيلَاتُ le pied (unité rythmique)
عِلْمُ العَرُوضِ la métrique (science des mètres)
القَافِيَةُ la rime
الرَّوِيُّ la consonne de rime, répétée à la fin de chaque vers
القَصِيدَةُ العَمُودِيَّةُ le poème classique (en deux colonnes)
الشِّعْرُ الحُرُّ le vers libre (arabe)
شِعْرُ التَّفْعِيلَةِ la poésie fondée sur le pied, autre nom du vers libre
السَّطْرُ الشِّعْرِيُّ la ligne poétique (qui remplace le vers)
قَصِيدَةُ النَّثْرِ le poème en prose
الإِيقَاعُ le rythme
الصُّورَةُ الشِّعْرِيَّةُ l’image poétique
الرَّمْزُ ج الرُّمُوزُ le symbole
الأُسْطُورَةُ ج الأَسَاطِيرُ le mythe
التَّكْرَارُ la répétition
اللَّازِمَةُ le refrain
الحَدَاثَةُ la modernité
التَّجْدِيدُ le renouvellement
الرُّؤْيَا la vision (du poète)
الدِّيوَانُ ج الدَّوَاوِينُ le recueil de poèmes
الشَّاعِرُ ج الشُّعَرَاءُ le poète
النَّاقِدُ ج النُّقَّادُ le critique (littéraire)

Méthode

  1. Observer la forme : nombre de lignes, longueur, retour ou non d’une rime, présence d’un pied régulier.
  2. Nommer la forme : قصيدة عمودية, شعر التفعيلة ou قصيدة النثر, et justifier.
  3. Repérer les procédés : répétition, refrain, images, symboles, contrastes.
  4. Relier la forme au sens : une ligne très courte isole un mot, une ligne longue accompagne un élan.
  5. Conclure sur la vision du poète et sur la place du texte dans le débat entre tradition et modernité.

À retenir

  • Poésie classique : البَيْتُ (deux hémistiches, الصَّدْرُ et العَجُزُ), البَحْرُ fixe, القَافِيَةُ unique.
  • 1947, Irak : naissance du شِعْرُ التَّفْعِيلَةِ avec Nāzik al-Malāʾika et Badr Shākir as-Sayyāb ; le pied reste, son nombre varie.
  • Sayyāb, أُنْشُودَةُ المَطَرِ (recueil de 1960) : refrain, symbole de la pluie, images de l’Irak, mythe.
  • 1957, Beyrouth : revue Shiʿr ; Adonis défend la قَصِيدَةُ النَّثْرِ, sans mètre ni rime.
  • Commenter un poème moderne : décrire la forme, puis montrer ce qu’elle apporte au sens.

Pour aller plus loin

S’entraîner avec les exercices sur la poésie arabe moderne, puis vérifier ses connaissances avec le QCM sur le vers libre. Pour comprendre ce qui précède ce renouveau, relire le cours sur la Nahda.

Cours « La poésie arabe moderne  » en PDF

Télécharger en PDF et imprimer gratuitement

Retrouve ce cours dans un PDF propre, gratuit et prêt à imprimer pour la classe ou la maison.

Télécharger le PDF