Cours sur l’apocopé arabe 3e : tu vas apprendre à dire « je n’ai pas fait », « il n’a pas dit » ou « n’oublie pas ! » grâce à une forme courte du verbe. Ce mode s’appelle en arabe المُضَارِعُ المَجْزُومُ al-muḍāriʿ al-majzūm, « l’inaccompli coupé » : la fin du verbe est raccourcie, comme si on la coupait avec des ciseaux.
Découvrir : une fin de verbe coupée
Tu connais déjà l’inaccompli à l’indicatif, qui se termine le plus souvent par une ḍamma : يَكْتُبُ yaktubu (« il écrit »). Après la particule لَمْ lam, ce même verbe perd sa voyelle finale et prend un soukoun : لَمْ يَكْتُبْ lam yaktub (« il n’a pas écrit »). Le verbe reste à l’inaccompli, mais la phrase parle bien du passé : لَمْ est la négation du passé la plus utilisée à l’écrit.

Définition
L’apocopé (المَجْزُومُ al-majzūm, du mot جَزْمٌ jazm (« coupure »)) est une forme de l’inaccompli dont la fin est raccourcie. On l’emploie après لَمْ (négation du passé) et après لَا d’interdiction (« ne fais pas ! »).
Compare les trois modes de l’inaccompli : l’indicatif يَكْتُبُ finit par -u, le subjonctif أَنْ يَكْتُبَ an yaktuba (« qu’il écrive ») finit par -a, et l’apocopé لَمْ يَكْتُبْ finit par un soukoun.

L’apocopé arabe 3e : les deux règles des verbes réguliers
Règle 1 : le soukoun final
Aux personnes dont l’indicatif finit par une ḍamma (أَنَا، أَنْتَ، هُوَ، هِيَ، نَحْنُ), la ḍamma est remplacée par un soukoun : أَكْتُبُ aktubu → لَمْ أَكْتُبْ lam aktub (« je n’ai pas écrit »).
Règle 2 : la chute du ن
Aux personnes dont l’indicatif finit par ـونَ, ـينَ ou ـانِ, le ن final tombe. Après ـو, on écrit un alif muet : تَكْتُبُونَ taktubūna → لَمْ تَكْتُبُوا lam taktubū (« vous n’avez pas écrit »).
| Pronom | Indicatif | Apocopé après لَمْ | Prononciation | Traduction |
|---|---|---|---|---|
| أَنَا | أَكْتُبُ | لَمْ أَكْتُبْ | lam aktub | je n’ai pas écrit |
| أَنْتَ | تَكْتُبُ | لَمْ تَكْتُبْ | lam taktub | tu n’as pas écrit (garçon) |
| أَنْتِ | تَكْتُبِينَ | لَمْ تَكْتُبِي | lam taktubī | tu n’as pas écrit (fille) |
| هُوَ | يَكْتُبُ | لَمْ يَكْتُبْ | lam yaktub | il n’a pas écrit |
| هِيَ | تَكْتُبُ | لَمْ تَكْتُبْ | lam taktub | elle n’a pas écrit |
| نَحْنُ | نَكْتُبُ | لَمْ نَكْتُبْ | lam naktub | nous n’avons pas écrit |
| أَنْتُمَا | تَكْتُبَانِ | لَمْ تَكْتُبَا | lam taktubā | vous n’avez pas écrit (deux) |
| هُمَا | يَكْتُبَانِ | لَمْ يَكْتُبَا | lam yaktubā | ils n’ont pas écrit (deux) |
| أَنْتُمْ | تَكْتُبُونَ | لَمْ تَكْتُبُوا | lam taktubū | vous n’avez pas écrit |
| هُمْ | يَكْتُبُونَ | لَمْ يَكْتُبُوا | lam yaktubū | ils n’ont pas écrit |
| أَنْتُنَّ | تَكْتُبْنَ | لَمْ تَكْتُبْنَ | lam taktubna | vous n’avez pas écrit (filles) |
| هُنَّ | يَكْتُبْنَ | لَمْ يَكْتُبْنَ | lam yaktubna | elles n’ont pas écrit |
Remarque : au féminin pluriel (أَنْتُنَّ, هُنَّ), le ن n’est pas une terminaison qui tombe, c’est le pronom lui-même : la forme ne change pas.
Exemples
- لَمْ أَذْهَبْ إِلَى السُّوقِ أَمْسِ. lam adhhab ilā s-sūqi ams. (« Je ne suis pas allé au marché hier. »)
- لَمْ تَكْتُبْ سَلْمَى رِسَالَتَهَا بَعْدُ. lam taktub Salmā risālatahā baʿdu. (« Salma n’a pas encore écrit sa lettre. »)
- الطُّلَّابُ لَمْ يَفْهَمُوا السُّؤَالَ. aṭ-ṭullābu lam yafhamū s-suʾāl. (« Les élèves n’ont pas compris la question. »)
- لِمَاذَا لَمْ تَكْتُبِي لِي؟ limādhā lam taktubī lī ? (« Pourquoi ne m’as-tu pas écrit ? (à une fille) »)
Les verbes faibles : concaves et défectueux
Quand la racine contient une lettre faible (و ou ي), le soukoun final a une conséquence visible : la voyelle longue raccourcit (verbes concaves) ou disparaît (verbes défectueux).
Les verbes concaves : la voyelle longue devient brève
Un verbe concave a une voyelle longue au milieu : قَالَ – يَقُولُ qāla – yaqūlu (« dire »). Deux soukouns ne peuvent pas se suivre ; la voyelle longue se raccourcit donc : لَمْ يَقُلْ lam yaqul (« il n’a pas dit »), لَمْ أَقُلْ lam aqul (« je n’ai pas dit »), لَمْ يَنَمْ lam yanam (« il n’a pas dormi »), لَمْ يَبِعْ lam yabiʿ (« il n’a pas vendu »), لَمْ يَكُنْ lam yakun (« il n’était pas »).
Attention
La voyelle longue revient dès que le verbe ne finit plus par un soukoun : لَمْ يَقُولُوا lam yaqūlū (« ils n’ont pas dit »), لَمْ تَنَامِي lam tanāmī (« tu n’as pas dormi, à une fille »). On n’écrit donc jamais « لَمْ يَقُولْ ».
Les verbes défectueux : la voyelle longue finale tombe
Un verbe défectueux finit par une voyelle longue : يَمْشِي yamshī (« il marche »), يَدْعُو yadʿū (« il invite »), يَنْسَى yansā (« il oublie »). À l’apocopé, cette voyelle longue tombe et il ne reste que la voyelle brève : لَمْ يَمْشِ lam yamshi (« il n’a pas marché »), لَمْ يَدْعُ lam yadʿu (« il n’a pas invité »), لَمْ يَنْسَ lam yansa (« il n’a pas oublié »). Au pluriel, on applique simplement la chute du ن : لَمْ يَمْشُوا lam yamshū (« ils n’ont pas marché »), لَمْ يَنْسَوْا lam yansaw (« ils n’ont pas oublié »).

L’interdiction : لَا + apocopé
Règle 3
Pour interdire (« ne fais pas ! »), on met لَا devant la 2e personne de l’apocopé : لَا تَكْتُبْ lā taktub (« n’écris pas ! »), لَا تَكْتُبِي lā taktubī (« n’écris pas ! à une fille »), لَا تَكْتُبُوا lā taktubū (« n’écrivez pas ! »).
Exemples
- لَا تَنْسَ كِتَابَكَ! lā tansa kitābak ! (« N’oublie pas ton livre ! »)
- لَا تَنْسَيْ مَوْعِدَكِ! lā tansay mawʿidaki ! (« N’oublie pas ton rendez-vous ! (à une fille) »)
- لَا تَقُلْ هٰذَا! lā taqul hādhā ! (« Ne dis pas cela ! »)
- لَا تَخَفْ! lā takhaf ! (« N’aie pas peur ! »)
- لَا تَتَأَخَّرُوا! lā tataʾakhkharū ! (« Ne soyez pas en retard ! »)
Les pièges à éviter
Attention : la kasra de liaison
Quand un verbe terminé par un soukoun est suivi d’un mot qui commence par l’article ال, on remplace le soukoun par une kasra pour pouvoir enchaîner : لَمْ يَكْتُبِ الطَّالِبُ الدَّرْسَ. lam yaktubi ṭ-ṭālibu d-dars. (« L’élève n’a pas écrit la leçon. »), لَمْ يَكُنِ الجَوُّ بَارِدًا. lam yakuni l-jawwu bāridan. (« Il ne faisait pas froid. ») Ce n’est pas un génitif : c’est seulement une voyelle d’appui.
- Après لَمْ, jamais d’accompli : on écrit لَمْ يَذْهَبْ et non لَمْ ذَهَبَ.
- Ne confonds pas لَا تَشْرَبُ lā tashrabu (« tu ne bois pas ») (négation du présent, indicatif) et لَا تَشْرَبْ lā tashrab (« ne bois pas ! ») (interdiction, apocopé).
- Ne confonds pas لَمْ (passé : « n’a pas ») et لَنْ lan + subjonctif (futur : « ne… pas » à venir) : لَنْ يَكْتُبَ lan yaktuba (« il n’écrira pas »).
- Avec بَعْدُ baʿdu en fin de phrase, لَمْ signifie « pas encore » : لَمْ يَصِلْ بَعْدُ lam yaṣil baʿdu (« il n’est pas encore arrivé »).
Vocabulaire utile
| Arabe | Prononciation | Français |
|---|---|---|
| لَمْ | lam | ne… pas (négation du passé) |
| لَا | lā | ne… pas (interdiction) |
| لَمْ… بَعْدُ | lam… baʿdu | ne… pas encore |
| قَالَ – يَقُولُ | qāla – yaqūlu | dire |
| نَامَ – يَنَامُ | nāma – yanāmu | dormir |
| كَانَ – يَكُونُ | kāna – yakūnu | être |
| زَارَ – يَزُورُ | zāra – yazūru | rendre visite |
| خَافَ – يَخَافُ | khāfa – yakhāfu | avoir peur |
| مَشَى – يَمْشِي | mashā – yamshī | marcher |
| نَسِيَ – يَنْسَى | nasiya – yansā | oublier |
| دَعَا – يَدْعُو | daʿā – yadʿū | inviter, appeler |
| تَأَخَّرَ – يَتَأَخَّرُ | taʾakhkhara – yataʾakhkharu | être en retard |
À retenir
- لَمْ + apocopé = négation du passé : لَمْ يَكْتُبْ (il n’a pas écrit).
- لَا + apocopé à la 2e personne = interdiction : لَا تَكْتُبْ (n’écris pas !).
- Verbes réguliers : soukoun final, ou chute du ن (لَمْ يَكْتُبُوا, لَمْ تَكْتُبِي).
- Concaves : la voyelle longue raccourcit (لَمْ يَقُلْ) ; défectueux : elle tombe (لَمْ يَمْشِ, لَا تَنْسَ).
- Devant l’article, le soukoun devient kasra : لَمْ يَكُنِ الجَوُّ بَارِدًا.


