Le subjonctif arabe 3e, appelé المُضَارِعُ المَنْصُوبُ al-muḍāriʿ al-manṣūb, est la forme que prend l’inaccompli après quelques petits mots comme أَنْ (« que ») ou لَنْ (« ne… pas », au futur). Dans ce cours, tu apprends à le reconnaître, à le former à toutes les personnes, y compris avec les verbes à finale faible, et à l’employer pour exprimer une volonté, un but ou un futur négatif.
Découvrir le subjonctif arabe 3e : les vacances de Karim
Karim prépare ses vacances d’été. Lis le petit texte à voix haute et observe la dernière voyelle des verbes qui suivent les mots en gras dans la traduction.
فِي الصَّيْفِ، يُرِيدُ كَرِيمٌ أَنْ يُسَافِرَ إِلَى وَهْرَانَ.
سَيَرْكَبُ القِطَارَ لِيَزُورَ جَدَّتَهُ.
قَالَتْ لَهُ أُمُّهُ: «يَجِبُ أَنْ تَأْخُذَ كِتَابًا لِكَيْ تَقْرَأَ فِي القِطَارِ».
وَقَالَ أَخُوهُ الصَّغِيرُ: «لَنْ أَنْسَاكَ! أُرِيدُ أَنْ تَحْكِيَ لِي كُلَّ شَيْءٍ».
Traduction : En été, Karim veut voyager (mot à mot : veut qu’il voyage) à Oran. Il prendra le train pour rendre visite à sa grand-mère. Sa mère lui a dit : « Il faut que tu prennes un livre pour lire dans le train. » Et son petit frère a dit : « Je ne t’oublierai pas ! Je veux que tu me racontes tout. »
Après أَنْ, لِـ, لِكَيْ et لَنْ, le verbe ne se termine plus par -u comme d’habitude : يُسَافِرَ, يَزُورَ, تَأْخُذَ, تَقْرَأَ. Cette fin en -a est la marque du subjonctif, en arabe المُضَارِعُ المَنْصُوبُ al-muḍāriʿ al-manṣūb (« l’inaccompli mis au cas direct »).
Former le subjonctif : la fin en -a et la chute du ن
Règle 1 : la ḍamma devient fatḥa
Aux personnes dont l’inaccompli se termine par une ḍamma (أَنَا, أَنْتَ, هُوَ, هِيَ, نَحْنُ), on remplace simplement cette ḍamma finale par une fatḥa.
- يَكْتُبُ ← أَنْ يَكْتُبَ yaktubu → ʾan yaktuba : « il écrit → qu’il écrive »
- نَلْعَبُ ← لَنْ نَلْعَبَ nalʿabu → lan nalʿaba : « nous jouons → nous ne jouerons pas »
Règle 2 : le ن final tombe
Aux formes qui se terminent par ـِينَ, ـُونَ ou ـَانِ (les « cinq verbes »), le ن disparaît. Au masculin pluriel, on écrit un alif muet après le و.
- تَكْتُبِينَ ← أَنْ تَكْتُبِي taktubīna → ʾan taktubī : « tu écris (f.) → que tu écrives »
- يَكْتُبُونَ ← أَنْ يَكْتُبُوا yaktubūna → ʾan yaktubū : « ils écrivent → qu’ils écrivent »
- يَكْتُبَانِ ← أَنْ يَكْتُبَا yaktubāni → ʾan yaktubā : « ils écrivent (à deux) → qu’ils écrivent »

| Pronom | Indicatif | Subjonctif (après أَنْ) |
|---|---|---|
| أَنَا | أَكْتُبُ | أَنْ أَكْتُبَ |
| أَنْتَ | تَكْتُبُ | أَنْ تَكْتُبَ |
| أَنْتِ | تَكْتُبِينَ | أَنْ تَكْتُبِي |
| هُوَ | يَكْتُبُ | أَنْ يَكْتُبَ |
| هِيَ | تَكْتُبُ | أَنْ تَكْتُبَ |
| أَنْتُمَا | تَكْتُبَانِ | أَنْ تَكْتُبَا |
| هُمَا | يَكْتُبَانِ | أَنْ يَكْتُبَا |
| نَحْنُ | نَكْتُبُ | أَنْ نَكْتُبَ |
| أَنْتُمْ | تَكْتُبُونَ | أَنْ تَكْتُبُوا |
| أَنْتُنَّ | تَكْتُبْنَ | أَنْ تَكْتُبْنَ |
| هُمْ | يَكْتُبُونَ | أَنْ يَكْتُبُوا |
| هُنَّ | يَكْتُبْنَ | أَنْ يَكْتُبْنَ |
Attention
Au féminin pluriel (هُنَّ, أَنْتُنَّ), le ن n’est pas une terminaison qui peut tomber : c’est le pronom sujet lui-même. Il reste donc toujours : أَنْ يَكْتُبْنَ ʾan yaktubna « qu’elles écrivent ». Et l’alif écrit après يَكْتُبُوا ne se prononce pas : on dit yaktubū.
Les mots qui appellent le subjonctif
Cinq petits mots suffisent pour la 3e. Chacun est toujours suivi d’un verbe à l’inaccompli, qui se met alors au subjonctif.
- أَنْ « que » : après les verbes de volonté, de possibilité ou d’obligation. أُرِيدُ أَنْ أَشْرَبَ المَاءَ. ʾurīdu ʾan ʾashraba l-māʾa : « Je veux boire de l’eau »
- لَنْ « ne… pas » pour le futur. لَنْ نَتَأَخَّرَ غَدًا. lan nataʾakhkhara ghadan : « Nous ne serons pas en retard demain »
- لِـ « pour », collé au verbe. ذَهَبَتْ إِلَى المَكْتَبَةِ لِتَسْتَعِيرَ كِتَابًا. dhahabat ʾilā l-maktabati li-tastaʿīra kitāban : « Elle est allée à la bibliothèque pour emprunter un livre »
- لِكَيْ « pour, afin de ». نَتَدَرَّبُ كُلَّ يَوْمٍ لِكَيْ نَفُوزَ بِالمُبَارَاةِ. natadarrabu kulla yawmin li-kay nafūza bil-mubārāti : « Nous nous entraînons chaque jour pour gagner le match »
- حَتَّى « jusqu’à ce que ». سَأَبْقَى هُنَا حَتَّى تَرْجِعَ أُمِّي. saʾabqā hunā ḥattā tarjiʿa ʾummī : « Je resterai ici jusqu’à ce que ma mère revienne »

Attention : pas d’infinitif en arabe
Le français dit « je veux partir » avec un infinitif. L’arabe conjugue toujours le second verbe avec son propre sujet : أُرِيدُ أَنْ أَذْهَبَ ʾurīdu ʾan ʾadhhaba, mot à mot « je veux que je parte ». Si le sujet change, seul le préfixe change : أُرِيدُ أَنْ تَذْهَبَ ʾurīdu ʾan tadhhaba « je veux que tu partes ».
Ne confonds pas non plus لَا et لَنْ : لَا nie le présent et garde l’indicatif (لَا أَلْعَبُ « je ne joue pas »), alors que لَنْ nie le futur et demande le subjonctif (لَنْ أَلْعَبَ « je ne jouerai pas »).
Les verbes à finale faible
Les verbes concaves (avec une voyelle longue au milieu) sont réguliers : يَقُولُ ← أَنْ يَقُولَ yaqūlu → ʾan yaqūla : « il dit → qu’il dise ». Seuls les verbes qui se terminent par une voyelle longue demandent un peu d’attention.
Règle 3 : finale en ي, و ou ى
- Finale ـِي : le ي reçoit une fatḥa. يَمْشِي ← أَنْ يَمْشِيَ yamshī → ʾan yamshiya : « il marche → qu’il marche »
- Finale ـُو : le و reçoit une fatḥa. يَدْعُو ← أَنْ يَدْعُوَ yadʿū → ʾan yadʿuwa : « il invite → qu’il invite »
- Finale ـَى : rien ne change à l’écrit ni à l’oral. يَنْسَى ← لَنْ يَنْسَى yansā → lan yansā : « il oublie → il n’oubliera pas »

Aux personnes des « cinq verbes », la règle 2 s’applique normalement : أَنْ يَمْشُوا ʾan yamshū « qu’ils marchent », أَنْ تَنْسَيْ ʾan tansay « que tu (f.) oublies ».
Le vocabulaire du subjonctif arabe 3e
Voici les verbes les plus souvent suivis de أَنْ. Apprends-les avec leur inaccompli.
| Arabe | Prononciation | Français |
|---|---|---|
| أَرَادَ / يُرِيدُ | ʾarāda / yurīdu | vouloir |
| اِسْتَطَاعَ / يَسْتَطِيعُ | istaṭāʿa / yastaṭīʿu | pouvoir, être capable de |
| حَاوَلَ / يُحَاوِلُ | ḥāwala / yuḥāwilu | essayer |
| أَحَبَّ / يُحِبُّ | ʾaḥabba / yuḥibbu | aimer |
| قَرَّرَ / يُقَرِّرُ | qarrara / yuqarriru | décider |
| تَمَنَّى / يَتَمَنَّى | tamannā / yatamannā | souhaiter |
| يَجِبُ أَنْ | yajibu ʾan | il faut que |
| نَسِيَ / يَنْسَى | nasiya / yansā | oublier |
| دَعَا / يَدْعُو | daʿā / yadʿū | inviter, appeler |
| مَشَى / يَمْشِي | mashā / yamshī | marcher |
À retenir
- Après أَنْ, لَنْ, لِـ, لِكَيْ et حَتَّى, l’inaccompli se met au subjonctif.
- La ḍamma finale devient fatḥa : يَكْتُبُ ← أَنْ يَكْتُبَ.
- Le ن des « cinq verbes » tombe : تَكْتُبُونَ ← أَنْ تَكْتُبُوا ; alif muet après le و.
- Le ن du féminin pluriel reste : أَنْ يَكْتُبْنَ.
- Finale faible : أَنْ يَمْشِيَ, أَنْ يَدْعُوَ, mais أَنْ يَنْسَى ne change pas.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur le subjonctif, puis vérifie tes réflexes avec le QCM du subjonctif. Tu peux ensuite découvrir le mode voisin dans le cours sur l’apocopé, ou revoir le cours sur le masdar, que l’on peut souvent mettre à la place de أَنْ + verbe.


