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Voyages et migrations : cours d’arabe 3e

Cours d’arabe 3e : Voyages et migrations
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Partir, quitter les siens, s’installer ailleurs, puis rêver du pays : ce cours voyages et migrations arabe 3e te donne les mots pour parler de la هِجْرَةُ hijra, l’émigration, et de la غُرْبَةُ ghurba, la vie loin de chez soi. Tu liras un récit de vie, tu apprendras à raconter des habitudes passées avec كَانَ, et tu découvriras les écrivains du Mahjar et l’histoire de l’immigration maghrébine en France.

Voyages et migrations arabe 3e : les mots du départ et de l’exil

En arabe, plusieurs mots parlent du voyage, mais ils ne disent pas la même chose. La رِحْلَةٌ riḥla est un trajet ou un voyage qui a une fin : on part, puis on rentre. Le سَفَرٌ safar est le fait de voyager en général. La هِجْرَةٌ hijra, elle, est un départ pour longtemps, souvent pour toujours : on quitte son pays pour vivre et travailler ailleurs. Celui qui part est un مُهَاجِرٌ muhājir, « émigré » ; le pays où il s’installe s’appelle, dans la langue littéraire, المَهْجَرُ al-mahjar, « la terre d’émigration ».

Deux rives séparées par la mer : à gauche une maison et un arbre avec le mot arabe الوَطَنُ, le pays natal ; à droite des immeubles avec le mot المَهْجَرُ, la terre d'émigration ; une valise au milieu et une flèche pointillée orange va de gauche à droite sous le titre الهِجْرَةُ ; en bas, une flèche verte revient vers la gauche avec le mot الحَنِينُ, la nostalgie
La migration relie deux rives : on part vers l’une, la nostalgie ramène vers l’autre.

Définition

الغُرْبَةُ al-ghurba est le sentiment d’être loin de chez soi, étranger dans un pays qui n’est pas le sien. Le mot vient de la racine غ ر ب, qui exprime l’idée d’éloignement : on la retrouve dans غَرِيبٌ gharīb, « étranger », et dans الغَرْبُ al-gharb, « l’ouest », là où le soleil s’éloigne et disparaît.

Définition

الحَنِينُ إِلَى الوَطَنِ al-ḥanīn ilā al-waṭani est la nostalgie du pays natal, ce désir doux et triste de revoir les lieux et les personnes qu’on a quittés. Le mot الشَّوْقُ ash-shawq est proche : c’est le manque d’une personne ou d’un lieu.

Voici le vocabulaire essentiel du chapitre. Apprends-le par familles : les mots du départ, ceux de la vie dans le pays d’accueil, puis ceux des sentiments.

Arabe Prononciation Français
هِجْرَةٌ hijra émigration, migration
هَاجَرَ يُهَاجِرُ hājara yuhājiru émigrer
مُهَاجِرٌ muhājir émigré, migrant
المَهْجَرُ al-mahjar la terre d’émigration
سَفَرٌ safar voyage (le fait de voyager)
سَافَرَ يُسَافِرُ sāfara yusāfiru voyager, partir
مُسَافِرٌ musāfir voyageur
رِحْلَةٌ riḥla voyage, trajet
حَقِيبَةٌ ḥaqība valise, sac
جَوَازُ سَفَرٍ jawāzu safarin passeport
حُدُودٌ ḥudūd frontières
وَدَّعَ يُوَدِّعُ waddaʿa yuwaddiʿu dire adieu à
الوَدَاعُ al-wadāʿ l’adieu
غُرْبَةٌ ghurba exil, vie loin de chez soi
غَرِيبٌ gharīb étranger, inconnu ; étrange
الوَطَنُ al-waṭan la patrie, le pays natal
الحَنِينُ إِلَى al-ḥanīn ilā la nostalgie de
اِشْتَاقَ يَشْتَاقُ إِلَى ishtāqa yashtāqu ilā se languir de, regretter l’absence de
الشَّوْقُ ash-shawq le manque, le désir de revoir
ذِكْرَيَاتٌ dhikrayāt souvenirs
العَوْدَةُ al-ʿawda le retour
عَادَ يَعُودُ ʿāda yaʿūdu revenir
عَامِلٌ ج عُمَّالٌ ʿāmil, ʿummāl ouvrier, travailleur
مَصْنَعٌ maṣnaʿ usine
رَاتِبٌ rātib salaire
جَالِيَةٌ jāliya communauté installée à l’étranger
لَمُّ الشَّمْلِ lamm ash-shaml regroupement familial
الضِّفَّةُ aḍ-ḍiffa la rive
Carte mentale : au centre, dans une ellipse verte, le mot الهِجْرَةُ ; trois cadres reliés au centre : Avant le départ (حَقِيبَةٌ, جَوَازُ سَفَرٍ, الوَدَاعُ), Dans le pays d'accueil (غُرْبَةٌ, مَصْنَعٌ, جَالِيَةٌ) et Les sentiments (الحَنِينُ, الشَّوْقُ, الذِّكْرَيَاتُ, العَوْدَةُ)
Carte mentale : ranger les mots de la migration en trois familles.

Lire un récit de vie

Le texte suivant est un témoignage imaginaire, écrit pour ce cours : une adolescente raconte le parcours de son grand-père. Il est entièrement vocalisé. Lis-le une première fois pour comprendre l’histoire, puis une seconde fois en repérant les verbes précédés de كَانَ.

سَافَرَ جَدِّي عُمَرُ إِلَى فَرَنْسَا سَنَةَ ١٩٦٥، وَكَانَ شَابًّا فِي العِشْرِينَ مِنْ عُمْرِهِ. كَانَ يَعِيشُ فِي قَرْيَةٍ صَغِيرَةٍ فِي شَرْقِ المَغْرِبِ، وَكَانَ العَمَلُ فِيهَا قَلِيلًا.

فِي صَبَاحِ يَوْمِ السَّفَرِ، حَمَلَ حَقِيبَةً صَغِيرَةً وَوَدَّعَ أُمَّهُ وَإِخْوَتَهُ. بَكَتْ أُمُّهُ كَثِيرًا وَقَالَتْ لَهُ: «لَا تَنْسَنَا!».

عَمِلَ جَدِّي سَنَوَاتٍ طَوِيلَةً فِي مَصْنَعٍ لِلسَّيَّارَاتِ قُرْبَ بَارِيسَ. فِي البِدَايَةِ، كَانَ يَشْعُرُ بِالغُرْبَةِ: كَانَ لَا يَعْرِفُ اللُّغَةَ، وَكَانَ الجَوُّ بَارِدًا، وَكَانَتِ العَائِلَةُ بَعِيدَةً. كَانَ يَكْتُبُ رِسَالَةً إِلَى أُمِّهِ كُلَّ شَهْرٍ، وَيُرْسِلُ إِلَيْهَا جُزْءًا مِنْ رَاتِبِهِ.

سَنَةَ ١٩٧٧، لَحِقَتْ بِهِ جَدَّتِي وَمَعَهَا أَبِي، وَكَانَ طِفْلًا صَغِيرًا، فَأَصْبَحَ لِلْعَائِلَةِ بَيْتٌ فِي فَرَنْسَا.

اليَوْمَ، جَدِّي مُتَقَاعِدٌ. يَقُولُ لِي دَائِمًا إِنَّ لَهُ وَطَنَيْنِ: البَلَدَ الَّذِي وُلِدَ فِيهِ، وَالبَلَدَ الَّذِي كَبِرَ فِيهِ أَوْلَادُهُ. فِي كُلِّ صَيْفٍ يُسَافِرُ إِلَى قَرْيَتِهِ، وَبَعْدَ أُسْبُوعَيْنِ يَشْتَاقُ إِلَى بَيْتِهِ فِي فَرَنْسَا!

Traduction : Mon grand-père Omar est parti en France en 1965 ; c’était un jeune homme de vingt ans. Il vivait dans un petit village de l’est du Maroc, où le travail était rare. Le matin du départ, il a pris une petite valise et a dit adieu à sa mère et à ses frères et sœurs. Sa mère a beaucoup pleuré et lui a dit : « Ne nous oublie pas ! ». Mon grand-père a travaillé de longues années dans une usine automobile près de Paris. Au début, il ressentait l’exil : il ne connaissait pas la langue, il faisait froid et la famille était loin. Il écrivait une lettre à sa mère chaque mois et lui envoyait une partie de son salaire. En 1977, ma grand-mère l’a rejoint avec mon père, qui était un petit enfant ; la famille a alors eu une maison en France. Aujourd’hui, mon grand-père est retraité. Il me dit toujours qu’il a deux patries : le pays où il est né et le pays où ses enfants ont grandi. Chaque été, il part dans son village, et au bout de deux semaines, sa maison de France lui manque !

Je vérifie ma compréhension

  1. Pourquoi Omar a-t-il quitté son village ? Parce que le travail y était rare : كَانَ العَمَلُ فِيهَا قَلِيلًا kāna al-ʿamalu fīhā qalīlan.
  2. Quelles sont les trois causes de son sentiment d’exil ? La langue inconnue, le froid et l’éloignement de la famille.
  3. Que signifie l’arrivée de la grand-mère en 1977 ? C’est un regroupement familial, لَمُّ الشَّمْلِ lamm ash-shaml : la famille vit de nouveau réunie.
  4. Pourquoi la fin du texte est-elle amusante ? Parce que la nostalgie change de sens : en vacances au village, c’est la maison de France qui manque au grand-père.

Raconter des habitudes passées avec kāna

Dans un récit de vie, on décrit souvent ce que quelqu’un faisait régulièrement autrefois. En français, on utilise l’imparfait. En arabe, on combine le verbe كَانَ kāna au passé avec un verbe à l’inaccompli (le présent).

Règle

كَانَ au passé + verbe à l’inaccompli = habitude ou action qui dure dans le passé (imparfait). Les deux verbes s’accordent avec le sujet : كَانَتْ تَكْتُبُ kānat taktubu, « elle écrivait » ; كُنَّا نُسَافِرُ kunnā nusāfiru, « nous voyagions ». Pour la négation, on place لَا devant l’inaccompli : كَانَ لَا يَعْرِفُ اللُّغَةَ kāna lā yaʿrifu al-lughata, « il ne connaissait pas la langue ».

Pronom كَانَ au passé Exemple Traduction
أَنَا كُنْتُ كُنْتُ أَعْمَلُ je travaillais
أَنْتَ كُنْتَ كُنْتَ تَعْمَلُ tu travaillais (masc.)
أَنْتِ كُنْتِ كُنْتِ تَعْمَلِينَ tu travaillais (fém.)
هُوَ كَانَ كَانَ يَعْمَلُ il travaillait
هِيَ كَانَتْ كَانَتْ تَعْمَلُ elle travaillait
نَحْنُ كُنَّا كُنَّا نَعْمَلُ nous travaillions
هُمْ كَانُوا كَانُوا يَعْمَلُونَ ils travaillaient

Exemple

  • كَانَ جَدِّي يَعْمَلُ فِي مَصْنَعٍ. kāna jaddī yaʿmalu fī maṣnaʿin : Mon grand-père travaillait dans une usine.
  • كَانَتْ جَدَّتِي تَكْتُبُ رَسَائِلَ طَوِيلَةً. kānat jaddatī taktubu rasāʾila ṭawīlatan : Ma grand-mère écrivait de longues lettres.
  • كُنَّا نُسَافِرُ كُلَّ صَيْفٍ. kunnā nusāfiru kulla ṣayfin : Nous voyagions chaque été.
  • كَانَ العُمَّالُ يَشْتَاقُونَ إِلَى الوَطَنِ. kāna al-ʿummālu yashtāqūna ilā al-waṭani : Les ouvriers avaient la nostalgie du pays.

Règle

Les verbes de la nostalgie se construisent avec la préposition إِلَى suivie d’un nom au génitif : أَشْتَاقُ إِلَى أُمِّي ashtāqu ilā ummī, « ma mère me manque » ; يَحِنُّ إِلَى قَرْيَتِهِ yaḥinnu ilā qaryatihi, « il a la nostalgie de son village ». Attention à l’ordre : en arabe, c’est la personne qui ressent le manque qui est le sujet.

Attention

  • Quand كَانَ est placé avant un sujet pluriel, il reste au singulier, mais le verbe qui suit le sujet se met au pluriel : كَانَ العُمَّالُ يُسَافِرُونَ kāna al-ʿummālu yusāfirūna.
  • Ne confonds pas غُرْبَةٌ ghurba (l’exil), الغَرْبُ al-gharb (l’ouest) et غَرِيبٌ gharīb (étranger) : même racine, voyelles différentes, sens différents.
  • Ne confonds pas الحَنِينُ al-ḥanīn (la nostalgie) et الحَنَانُ al-ḥanān (la tendresse).
  • Une رِحْلَةٌ riḥla n’est pas une هِجْرَةٌ hijra : des vacances au bord de la mer ne sont pas une émigration.

Écrivains et travailleurs : deux visages de la migration

La littérature du Mahjar

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, de nombreux habitants du Liban et de la Syrie émigrent vers les Amériques, du Nord comme du Sud. Parmi eux, des écrivains renouvellent la littérature arabe depuis l’étranger. On appelle leur œuvre أَدَبُ المَهْجَرِ adab al-mahjar, « la littérature de l’émigration ».

  • جُبْرَان خَلِيل جُبْرَان Jubrān Khalīl Jubrān naît en 1883 à Bcharré, dans la montagne libanaise. Enfant, il émigre aux États-Unis avec sa famille ; il vit à Boston, puis à New York, où il meurt en 1931. Peintre et écrivain, il écrit en arabe et en anglais. Son livre le plus célèbre, Le Prophète (1923), est écrit en anglais.
  • مِيخَائِيل نُعَيْمَة Mīkhāʾīl Nuʿayma naît en 1889 à Baskinta, au Liban. Il étudie à Nazareth, puis à Poltava, dans l’Empire russe, avant de partir aux États-Unis. Il rentre au Liban en 1932 et y vit jusqu’à sa mort, en 1988.
  • En 1920, à New York, ces écrivains fondent الرَّابِطَةُ القَلَمِيَّةُ ar-Rābiṭa al-Qalamiyya, la « Ligue de la plume », présidée par Gibran.

Leurs textes parlent souvent de la nostalgie du pays natal, de la nature, de la liberté et de la méditation. Ils cherchent aussi une langue plus simple et plus libre que la poésie arabe classique de leur époque.

Frise chronologique intitulée أَدَبُ المَهْجَرِ avec quatre dates : 1883 naissance de Gibran au Liban, 1920 la Ligue de la plume à New York (الرَّابِطَةُ القَلَمِيَّةُ), 1931 mort de Gibran à New York, 1932 retour de Naïmy au Liban
Quatre repères pour situer la littérature du Mahjar.

L’immigration maghrébine en France

Après la Seconde Guerre mondiale, la France a besoin de travailleurs pour reconstruire le pays et faire tourner ses usines. Des centaines de milliers d’hommes venus d’Algérie, du Maroc et de Tunisie viennent travailler dans le bâtiment, les mines et l’industrie automobile, surtout dans les années 1950, 1960 et au début des années 1970. Beaucoup pensent rentrer au pays après quelques années ; beaucoup restent.

Culture

En 1974, la France suspend l’immigration de travail. À partir de 1976, le regroupement familial, لَمُّ الشَّمْلِ lamm ash-shaml, permet aux épouses et aux enfants de rejoindre les travailleurs installés : c’est ce qui arrive dans le récit de vie du cours. Les anciens travailleurs immigrés sont parfois appelés « chibanis » : ce mot vient du dialecte maghrébin et signifie « les anciens, les cheveux blancs » ; en arabe standard, les cheveux blancs se disent الشَّيْبُ ash-shayb. Depuis 2007, le Musée national de l’histoire de l’immigration, au palais de la Porte Dorée à Paris, raconte ces parcours.

Écrire à ton tour un récit de vie

Sujet d’expression écrite : imaginer le récit de vie d’une personne partie vivre dans un autre pays. Écrire 8 à 10 phrases en arabe : son pays et son village, le jour du départ, sa vie dans le pays d’accueil, ses sentiments, ce qu’elle devient aujourd’hui.

Méthode

  1. Fais un plan en trois temps : avant le départ, la vie à l’étranger, aujourd’hui.
  2. Pour les habitudes passées, utilise كَانَ + inaccompli : كَانَ يَعْمَلُ, كَانَتْ تَكْتُبُ.
  3. Place au moins six mots du tableau de vocabulaire, dont الغُرْبَةُ et الحَنِينُ.
  4. Exprime un sentiment avec يَشْتَاقُ إِلَى ou يَشْعُرُ بِـ suivi d’un nom.
  5. Relis-toi : accords du verbe avec le sujet, préposition إِلَى après les verbes de nostalgie, voyelles finales.

À retenir

  • هِجْرَةٌ (émigration), مُهَاجِرٌ (émigré), المَهْجَرُ (terre d’émigration) viennent de la racine ه ج ر.
  • غُرْبَةٌ (exil) et غَرِيبٌ (étranger) viennent de la racine غ ر ب.
  • كَانَ + inaccompli exprime l’imparfait : كَانَ يُسَافِرُ, « il voyageait ».
  • Les verbes de nostalgie se construisent avec إِلَى : أَشْتَاقُ إِلَى وَطَنِي.
  • Gibran (1883-1931) et Naïmy (1889-1988) sont deux grands écrivains du Mahjar ; la Ligue de la plume est fondée à New York en 1920.
  • L’immigration maghrébine de travail en France se développe après 1945 ; le regroupement familial commence en 1976.

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur les voyages et migrations, puis vérifie tes connaissances avec le QCM du chapitre. Pour écrire à un proche resté au pays, revois aussi le cours écrire une lettre ou un courriel.

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