Le discours rapporté arabe 3e permet de redire ce que quelqu’un a dit, demandé ou ordonné, sans le citer mot pour mot. Tu vas apprendre à utiliser قَالَ إِنَّ, أَنَّ, هَلْ et طَلَبَ مِنْ… أَنْ, et à accrocher le bon pronom affixe à إِنَّ et أَنَّ. C’est un outil indispensable pour raconter une conversation, résumer une interview ou faire un compte rendu.
Découvrir : deux façons de rapporter des paroles
Imagine que ton ami Sami te dit au téléphone une phrase très simple. Tu peux la répéter telle quelle, entre guillemets : c’est le discours direct (الكَلَامُ المُبَاشِرُ). Tu peux aussi l’intégrer à ta propre phrase : c’est le discours rapporté ou indirect (الكَلَامُ المَنْقُولُ).
قَالَ سَامِي: «أَنَا أَتَعَلَّمُ العَرَبِيَّةَ.»
قَالَ سَامِي إِنَّهُ يَتَعَلَّمُ العَرَبِيَّةَ.
Dans la deuxième phrase, trois choses ont changé : les guillemets ont disparu, le petit mot إِنَّ apparaît après قَالَ, et la personne n’est plus « je » mais « il » : أَنَا devient le pronom affixe ـهُ et le verbe أَتَعَلَّمُ devient يَتَعَلَّمُ.

Comprendre la règle du discours rapporté arabe 3e : إِنَّ ou أَنَّ ?
Pour une phrase déclarative (une information), l’arabe utilise une conjonction qui signifie « que ». Elle a deux formes, et le choix dépend du verbe introducteur.
Règle
Après le verbe قَالَ (et ses formes : يَقُولُ, قُلْتُ, قَالَتْ…), on emploie إِنَّ avec une kasra. Après tous les autres verbes (savoir, entendre, annoncer, informer, confirmer…), on emploie أَنَّ avec une fatha.
قَالَ المُدِيرُ إِنَّ الرِّحْلَةَ يَوْمَ الخَمِيسِ.
أَعْرِفُ أَنَّكَ مَشْغُولٌ.
أَخْبَرَنِي صَدِيقِي أَنَّ الحَافِلَةَ تَأَخَّرَتْ.
Pour une réponse, on dit souvent أَجَابَ بِأَنَّ : أَجَابَتْ بِأَنَّهَا لَا تَعْرِفُ (elle a répondu qu’elle ne savait pas).
Définition
إِنَّ et أَنَّ sont toujours suivis d’un nom ou d’un pronom affixe, jamais directement d’un verbe. Ce nom se met au cas direct (accusatif, terminaison -a), tandis que l’attribut qui suit reste au nominatif (-u).
قَالَ إِنَّ الدَّرْسَ سَهْلٌ.
Comparer : الدَّرْسُ سَهْلٌ → après إِنَّ, الدَّرْسَ prend une fatha, mais سَهْلٌ ne change pas.
Les pronoms affixes après إِنَّ et أَنَّ
Quand la personne qui parle est le sujet de la phrase rapportée, on n’écrit pas un pronom séparé comme هُوَ : on soude un pronom affixe à إِنَّ ou أَنَّ. Ce sont les mêmes pronoms que ceux que tu connais après les noms (« mon livre », « son livre ») et les prépositions.

| Discours direct | Discours rapporté | Traduction |
|---|---|---|
| قَالَ كَرِيمٌ: «أَنَا مُتْعَبٌ.» | قَالَ كَرِيمٌ إِنَّهُ مُتْعَبٌ. | Karim a dit qu’il était fatigué. |
| قَالَتْ سَلْمَى: «أَنَا أَدْرُسُ الطِّبَّ.» | قَالَتْ سَلْمَى إِنَّهَا تَدْرُسُ الطِّبَّ. | Salma a dit qu’elle étudiait la médecine. |
| قَالَ التَّلَامِيذُ: «نَحْنُ جَاهِزُونَ.» | قَالَ التَّلَامِيذُ إِنَّهُمْ جَاهِزُونَ. | Les élèves ont dit qu’ils étaient prêts. |
| قَالَ لِي أَبِي: «أَنْتَ عَلَى حَقٍّ.» | قَالَ لِي أَبِي إِنَّنِي عَلَى حَقٍّ. | Mon père m’a dit que j’avais raison. |
Attention
- Pas de concordance des temps comme en français : l’arabe garde le temps des paroles d’origine. قَالَ إِنَّهُ يَتَعَلَّمُ se traduit « il a dit qu’il apprenait », et قَالَ إِنَّهُ سَيَأْتِي « il a dit qu’il viendrait ».
- Jamais de verbe juste après إِنَّ : on écrit قَالَ إِنَّهُ سَيَأْتِي et non إِنَّ سَيَأْتِي (qui est faux). Le pronom affixe est obligatoire.
- Pense à changer la personne : « je » devient « il » ou « elle », « tu » devient souvent « je » quand c’est à toi qu’on a parlé.
Rapporter une question ou un ordre
La question rapportée
On utilise le verbe سَأَلَ (demander, poser une question). Si la question attend « oui » ou « non », on garde هَلْ (= « si »). Si elle commence par un mot interrogatif (أَيْنَ, مَتَى, مَاذَا, لِمَاذَا, كَيْفَ), on le garde aussi. Le point d’interrogation disparaît.
| Question directe | Question rapportée |
|---|---|
| سَأَلَنِي: «هَلْ تُحِبُّ الرِّيَاضَةَ؟» | سَأَلَنِي هَلْ أُحِبُّ الرِّيَاضَةَ. |
| سَأَلَ أَحْمَدُ لَيْلَى: «أَيْنَ تَسْكُنِينَ؟» | سَأَلَ أَحْمَدُ لَيْلَى أَيْنَ تَسْكُنُ. |
| سَأَلَنَا: «مَتَى يَبْدَأُ الفِيلْمُ؟» | سَأَلَنَا مَتَى يَبْدَأُ الفِيلْمُ. |
L’ordre ou la demande rapportés
Un impératif devient طَلَبَ مِنْ… أَنْ + verbe au subjonctif (terminaison -a). Pour une interdiction, أَنْ + لَا s’écrivent ensemble : أَلَّا.
| Ordre direct | Ordre rapporté |
|---|---|
| قَالَ لِي: «اِفْتَحِ النَّافِذَةَ.» | طَلَبَ مِنِّي أَنْ أَفْتَحَ النَّافِذَةَ. |
| قَالَ لَنَا: «لَا تَتَأَخَّرُوا.» | طَلَبَ مِنَّا أَلَّا نَتَأَخَّرَ. |
| قَالَ المُعَلِّمُ لِمَرْيَمَ: «اُكْتُبِي اسْمَكِ.» | طَلَبَ المُعَلِّمُ مِنْ مَرْيَمَ أَنْ تَكْتُبَ اسْمَهَا. |
Exemple
Lis ce petit compte rendu d’un appel téléphonique : il contient les quatre manières de rapporter des paroles.
اِتَّصَلَتْ بِي صَدِيقَتِي نَادِيَةُ أَمْسِ. قَالَتْ إِنَّهَا وَصَلَتْ إِلَى عَمَّانَ وَإِنَّ الطَّقْسَ هُنَاكَ حَارٌّ جِدًّا.
سَأَلَتْنِي هَلْ أُرِيدُ هَدِيَّةً مِنَ السُّوقِ، فَأَجَبْتُ بِأَنَّنِي أُحِبُّ الكُتُبَ.
ثُمَّ أَخْبَرَتْنِي أَنَّ أُسْرَتَهَا سَتَزُورُ البَتْرَاءَ، وَطَلَبَتْ مِنِّي أَنْ أُرْسِلَ لَهَا صُوَرَ المَدْرَسَةِ.
Traduction : Mon amie Nadia m’a appelée hier. Elle a dit qu’elle était arrivée à Amman et qu’il faisait très chaud là-bas. Elle m’a demandé si je voulais un cadeau du souk, et j’ai répondu que j’aimais les livres. Puis elle m’a informée que sa famille visiterait Pétra, et elle m’a demandé de lui envoyer des photos de l’école.
Le vocabulaire des verbes de parole
Varier les verbes introducteurs rend un récit plus vivant et plus précis. Voici les plus utiles, avec leur inaccompli entre parenthèses quand il est irrégulier.
| Arabe | Français |
|---|---|
| قَالَ (يَقُولُ) | dire |
| سَأَلَ (يَسْأَلُ) | demander, questionner |
| أَجَابَ (يُجِيبُ) | répondre |
| أَخْبَرَ (يُخْبِرُ) | informer, annoncer à quelqu’un |
| طَلَبَ مِنْ (يَطْلُبُ) | demander à quelqu’un (de faire) |
| شَرَحَ (يَشْرَحُ) | expliquer |
| أَكَّدَ (يُؤَكِّدُ) | confirmer, affirmer |
| أَعْلَنَ (يُعْلِنُ) | annoncer publiquement |
| رَدَّ عَلَى (يَرُدُّ) | répliquer, répondre à |
| سَمِعَ (يَسْمَعُ) | entendre (dire) |
Culture
Le discours rapporté est partout dans la presse arabe : les journalistes écrivent أَكَّدَ الوَزِيرُ أَنَّ… ou أَشَارَ التَّقْرِيرُ إِلَى أَنَّ…. Dans la littérature, les contes des Mille et Une Nuits commencent par une formule célèbre de Shéhérazade : بَلَغَنِي أَيُّهَا المَلِكُ السَّعِيدُ أَنَّ… (« Il m’est parvenu, ô roi bienheureux, que… »). Tu y reconnais le petit mot أَنَّ !
Les pièges à éviter
- Confondre إِنَّ et أَنَّ : seul قَالَ appelle إِنَّ.
- Oublier l’accusatif du nom : قَالَ إِنَّ الفَرِيقَ جَاهِزٌ, et non الفَرِيقُ.
- Garder le point d’interrogation dans une question rapportée : سَأَلَنِي هَلْ أُحِبُّ الرِّيَاضَةَ. se termine par un point.
- Oublier le subjonctif après أَنْ : أَنْ أَفْتَحَ, أَنْ يَدْخُلُوا (le ن du pluriel tombe).
À retenir
- قَالَ إِنَّ + nom à l’accusatif ou pronom affixe : قَالَ إِنَّهُ مَرِيضٌ.
- Autres verbes + أَنَّ : أَعْرِفُ أَنَّكَ مَشْغُولٌ.
- Question : سَأَلَ + هَلْ ou mot interrogatif, sans point d’interrogation.
- Ordre : طَلَبَ مِنْ… أَنْ + subjonctif ; interdiction : أَلَّا.
- On change la personne, mais on garde le temps des paroles d’origine.
Pour aller plus loin
- Exercices sur le discours rapporté pour t’entraîner pas à pas.
- QCM sur le discours rapporté pour vérifier tes acquis.
- Le subjonctif : indispensable après أَنْ.
- Initiation aux cas : pour comprendre l’accusatif après إِنَّ.


