Dire ce que l’on ressent est essentiel pour raconter, se confier ou réagir : ce cours sur les sentiments en arabe 3e t’apprend à nommer la joie, la tristesse, la peur, l’inquiétude, la colère ou la fierté, et à expliquer leur cause. Tu découvriras aussi comment l’arabe exprime l’humour et comment le registre de langue et le contexte changent le sens d’une phrase.
Découvrir : le journal de Lina
Lina, une élève de 3e, raconte dans son journal une journée pleine d’émotions. Lis le texte une première fois sans dictionnaire : repère les mots qui disent ce qu’elle ressent.
صَبَاحَ السَّبْتِ، كُنْتُ قَلِقَةً جِدًّا: كَانَ عِنْدِي عَرْضٌ أَمَامَ القِسْمِ كُلِّهِ. عِنْدَمَا وَقَفْتُ أَمَامَ زُمَلَائِي، شَعَرْتُ بِالخَوْفِ، وَاحْمَرَّ وَجْهِي مِنَ الخَجَلِ.
لَكِنَّ صَدِيقَتِي سَلْمَى ابْتَسَمَتْ لِي، فَشَعَرْتُ بِالاِرْتِيَاحِ. فِي النِّهَايَةِ، صَفَّقَ الجَمِيعُ، وَقَالَ لِي الأُسْتَاذُ: «أَنَا فَخُورٌ بِكِ!»
عُدْتُ إِلَى البَيْتِ مُتَحَمِّسَةً، وَحَكَيْتُ كُلَّ شَيْءٍ لِأَخِي. ضَحِكَ وَقَالَ لِي نُكْتَةً عَنْ أُسْتَاذٍ نَسِيَ دَرْسَهُ… نُكَتُ أَخِي تُضْحِكُنِي دَائِمًا!
Traduction : Samedi matin, j’étais très inquiète : j’avais un exposé devant toute la classe. Quand je me suis levée devant mes camarades, j’ai eu peur et mon visage est devenu rouge de honte. Mais mon amie Salma m’a souri, alors je me suis sentie soulagée. À la fin, tout le monde a applaudi et le professeur m’a dit : « Je suis fier de toi ! » Je suis rentrée à la maison enthousiaste et j’ai tout raconté à mon frère. Il a ri et m’a raconté une blague sur un professeur qui avait oublié son cours… Les blagues de mon frère me font toujours rire !
Les émotions de Lina changent au fil de la journée : قَلِقَةٌ → الخَوْفُ → الخَجَلُ → الاِرْتِيَاحُ → مُتَحَمِّسَةٌ. Remarque qu’elle utilise tantôt un adjectif (كُنْتُ قَلِقَةً), tantôt un nom après un verbe (شَعَرْتُ بِالخَوْفِ). Ce sont les deux outils principaux de ce chapitre.

Le vocabulaire des sentiments en arabe 3e
En arabe, chaque émotion a en général un nom (le sentiment lui-même, souvent un masdar) et un adjectif (la personne qui le ressent). Apprends-les par paires, avec leur racine : c’est plus facile à mémoriser.
| Nom du sentiment | Français | Adjectif ou expression |
|---|---|---|
| الفَرَحُ | la joie | سَعِيدٌ / فَرْحَانُ heureux, joyeux |
| الحُزْنُ | la tristesse | حَزِينٌ triste |
| الخَوْفُ | la peur | خَائِفٌ qui a peur |
| القَلَقُ | l’inquiétude | قَلِقٌ inquiet |
| الغَضَبُ | la colère | غَاضِبٌ en colère |
| الحَمَاسُ | l’enthousiasme | مُتَحَمِّسٌ enthousiaste |
| الفَخْرُ | la fierté | فَخُورٌ fier |
| الخَجَلُ | la honte, la timidité | خَجُولٌ timide |
| المَلَلُ | l’ennui | أَشْعُرُ بِالمَلَلِ je m’ennuie |
| الدَّهْشَةُ | la surprise | مُنْدَهِشٌ surpris |
| الاِرْتِيَاحُ | le soulagement | مُرْتَاحٌ soulagé, à l’aise |
| النُّكْتَةُ | la blague (pl. نُكَتٌ) | مُضْحِكٌ drôle |
Attention
Ne confonds pas قَلِقٌ (inquiet, adjectif) et قَلَقٌ (l’inquiétude, nom) : seule la voyelle de la deuxième lettre change. De même فَرَحٌ (la joie) et فَرِحٌ (joyeux). Lis toujours les harakât avec soin.
Trois structures pour exprimer un sentiment

1. Le verbe « ressentir » + nom
Règle
Le verbe شَعَرَ / يَشْعُرُ (ressentir) se construit avec la préposition بِـ suivie du nom du sentiment, défini et au cas indirect (génitif) : أَشْعُرُ بِالفَرَحِ, شَعَرَتْ بِالحُزْنِ, نَشْعُرُ بِالخَوْفِ. Pour demander : بِمَاذَا تَشْعُرُ؟ ou plus simplement كَيْفَ تَشْعُرُ؟
2. Pronom + adjectif accordé
Règle
L’adjectif s’accorde avec la personne : هُوَ غَاضِبٌ, هِيَ غَاضِبَةٌ, هُمْ غَاضِبُونَ, هُنَّ غَاضِبَاتٌ. Après كَانَ ou لَيْسَ, il passe au cas direct : كُنْتُ قَلِقَةً, لَسْتُ خَائِفًا. Chaque adjectif appelle sa préposition : فَخُورٌ بِـ (fier de), غَاضِبٌ مِنْ (en colère contre), خَائِفٌ مِنْ (qui a peur de), قَلِقٌ عَلَى (inquiet pour quelqu’un), قَلِقٌ مِنْ (inquiet à cause de quelque chose).
Exemple
أَنَا فَخُورٌ بِأُخْتِي.
أُمِّي قَلِقَةٌ عَلَى جَدِّي لِأَنَّهُ مَرِيضٌ.
أَخِي الصَّغِيرُ خَائِفٌ مِنَ الظَّلَامِ.
Je suis fier de ma sœur. — Ma mère est inquiète pour mon grand-père parce qu’il est malade. — Mon petit frère a peur du noir.
3. La cause devient sujet : « cela me rend… »
L’arabe aime faire de la cause le sujet d’un verbe de forme IV (أَفْعَلَ / يُفْعِلُ) qui signifie « provoquer un sentiment ». On y accroche le pronom complément ـنِي (me) :
| Verbe + pronom « me » | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| يُفْرِحُنِي | cela me réjouit | يُفْرِحُنِي نَجَاحُ أَصْدِقَائِي. |
| يُحْزِنُنِي | cela me rend triste | يُحْزِنُنِي هَذَا الخَبَرُ. |
| يُقْلِقُنِي | cela m’inquiète | يُقْلِقُنِي الاِمْتِحَانُ. |
| يُغْضِبُنِي | cela m’agace, me met en colère | يُغْضِبُنِي الكَذِبُ. |
| يُخِيفُنِي | cela me fait peur | يُخِيفُنِي صَوْتُ الرَّعْدِ. |
| يُضْحِكُنِي | cela me fait rire | تُضْحِكُنِي نُكَتُ جَدِّي. |
Attention
Le verbe s’accorde avec ce qui provoque l’émotion, pas avec toi : يُضْحِكُنِي الفِيلْمُ (le film, masculin) mais تُضْحِكُنِي القِصَّةُ (l’histoire, féminin). Un pluriel de choses se traite comme un féminin singulier : تُضْحِكُنِي نُكَتُ جَدِّي. Pour une autre personne, change le pronom : يُضْحِكُهَا (cela la fait rire), يُقْلِقُهُمْ (cela les inquiète).
Nuancer, rire et jouer avec l’implicite
Doser l’intensité
Pour nuancer, ajoute قَلِيلًا (un peu), جِدًّا (très) ou كَثِيرًا (beaucoup) : أَنَا مُتْعَبٌ قَلِيلًا, كُنْتُ سَعِيدًا جِدًّا. Pour exprimer un sentiment fort, l’arabe utilise des images : كِدْتُ أَطِيرُ مِنَ الفَرَحِ (j’ai failli m’envoler de joie), كِدْتُ أَمُوتُ مِنَ الضَّحِكِ (j’ai failli mourir de rire).
L’humour
On raconte une blague avec le verbe حَكَى / يَحْكِي : حَكَى لَنَا نُكْتَةً. Ce qui est drôle est مُضْحِكٌ ; on rit avec ضَحِكَ / يَضْحَكُ. Dans tout le monde arabe, du Maroc à l’Irak, les enfants connaissent les anecdotes de Djoha (جُحَا), personnage malicieux et naïf à la fois. En voici une, racontée à notre manière :
ضَاعَ خَاتَمُ جُحَا فِي البَيْتِ، فَخَرَجَ يَبْحَثُ عَنْهُ فِي الشَّارِعِ. سَأَلَهُ جَارُهُ: «لِمَاذَا تَبْحَثُ هُنَا؟» فَقَالَ جُحَا: «لِأَنَّ البَيْتَ مُظْلِمٌ، وَالشَّارِعَ فِيهِ ضَوْءٌ!»
Traduction : Djoha a perdu sa bague dans la maison, alors il est sorti la chercher dans la rue. Son voisin lui a demandé : « Pourquoi cherches-tu ici ? » Djoha a répondu : « Parce que la maison est sombre, et que dans la rue il y a de la lumière ! »
Culture
Les histoires de Djoha existent sous d’autres noms en Turquie, en Iran ou dans les Balkans : c’est un héros partagé par de nombreuses cultures. On dit d’une situation absurde qu’elle est « digne de Djoha ». Le rire y sert à faire réfléchir, sans jamais blesser.
Registres de langue
Un même sentiment peut se dire dans plusieurs registres. L’arabe standard moderne est la langue de l’école, des médias et de l’écrit ; à l’oral, chacun parle aussi son dialecte.
- Courant (standard) : أَنَا سَعِيدٌ جِدًّا.
- Soutenu (littéraire) : لَا أَسْتَطِيعُ أَنْ أَصِفَ فَرْحَتِي. (je ne peux pas décrire ma joie) ; قَلْبِي مَمْلُوءٌ بِالفَرَحِ. (mon cœur est rempli de joie)
- Oral dialectal, à reconnaître seulement : en Égypte on entend أَنَا مَبْسُوط, au Maghreb رَانِي فَرْحَان. Ces formes ne remplacent pas l’arabe standard à l’écrit.
L’implicite
Parfois, les mots disent une chose et le ton en dit une autre. Le contexte permet de comprendre le vrai sentiment :
- L’ironie : رَائِعٌ! نَسِيتُ كِتَابِي مَرَّةً أُخْرَى! — « Génial ! J’ai encore oublié mon livre ! » Le mot positif cache l’agacement.
- L’atténuation polie : لَسْتُ مُرْتَاحًا لِهَذِهِ الفِكْرَةِ. — « Je ne suis pas très à l’aise avec cette idée » signifie souvent : je ne suis pas d’accord.
- La question qui fait un reproche : أَلَمْ تَنْسَ شَيْئًا؟ — « Tu n’as rien oublié ? » veut dire : tu as oublié quelque chose !
- L’exclamation ambiguë : يَا لَهُ مِنْ يَوْمٍ! — « Quelle journée ! » peut être joyeux ou épuisé selon la voix.
Attention
Dans un texte, cherche les indices de l’implicite : la situation, la ponctuation (!), les mots qui suivent, la réaction des autres personnages. Une même phrase n’a pas toujours le même sens.
À retenir
- أَشْعُرُ بِـ + nom défini au génitif : أَشْعُرُ بِالحُزْنِ.
- Pronom + adjectif accordé, avec sa préposition : هِيَ فَخُورَةٌ بِأَخِيهَا, أَنَا قَلِقٌ عَلَيْكَ.
- Verbe de forme IV + pronom : يُقْلِقُنِي, يُضْحِكُنِي ; le verbe s’accorde avec la cause.
- L’humour : نُكْتَةٌ / نُكَتٌ, مُضْحِكٌ, حَكَى نُكْتَةً.
- Repère le registre (courant, soutenu, dialectal) et l’implicite (ironie, atténuation) grâce au contexte.
Pour aller plus loin
- Exercices sur les sentiments en arabe (3e)
- QCM : exprimer ses sentiments en arabe
- Revoir le masdar, nom d’action

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