L’analyse littéraire arabe 1re consiste à lire un récit comme un écrivain : qui raconte, qui agit, où et quand, et surtout avec quelles images. La rhétorique arabe (البَلَاغَةُ) a nommé ces images avec précision : التَّشْبِيهُ, الاِسْتِعَارَةُ, الكِنَايَةُ. Ce cours t’apprend à les repérer dans un texte, à les expliquer et à rédiger un commentaire guidé en arabe.
Découvrir un texte pour l’analyse littéraire arabe 1re
Le texte ci-dessous est un texte original écrit pour ce cours ; il n’est extrait d’aucune œuvre publiée. Il est vocalisé pour que tu puisses le lire à voix haute. Les passages surlignés contiennent les images que nous allons analyser.
فَجْرٌ عَلَى المِينَاءِ (L’aube sur le port)
خَرَجَ العَمُّ صَالِحٌ مِنْ بَيْتِهِ قَبْلَ الفَجْرِ، وَالمَدِينَةُ نَائِمَةٌ تَحْتَ غِطَاءٍ مِنَ الضَّبَابِ. كَانَ البَحْرُ هَادِئًا كَالمِرْآةِ، وَالقَوَارِبُ الصَّغِيرَةُ تَتَمَايَلُ عَلَى صَفْحَتِهِ كَأَنَّهَا أَطْفَالٌ يَحْلُمُونَ.
يَعْرِفُهُ كُلُّ أَهْلِ الحَيِّ، فَبَيْتُهُ مَفْتُوحُ البَابِ لِكُلِّ صَيَّادٍ جَائِعٍ. لَقَدْ غَزَا الشَّيْبُ رَأْسَهُ، وَصَارَتْ خُطُوَاتُهُ ثَقِيلَةً، لَكِنَّ عَيْنَيْهِ مَا زَالَتَا تَلْمَعَانِ كُلَّمَا رَأَى المَاءَ.
عِنْدَ القَارِبِ، وَجَدَ حَفِيدَتَهُ لَيْلَى تَنْتَظِرُهُ. قَالَتْ: «أُرِيدُ أَنْ أَتَعَلَّمَ الصَّيْدَ يَا جَدِّي.» ابْتَسَمَ العَجُوزُ وَقَالَ: «البَحْرُ مُعَلِّمٌ صَبُورٌ، وَلَكِنَّهُ لَا يُحِبُّ الكَسَالَى.»
ثُمَّ أَشْرَقَتِ الشَّمْسُ، فَفَتَحَتِ المَدِينَةُ عَيْنَيْهَا، وَبَدَأَتِ النَّوَارِسُ تُغَنِّي فَوْقَ المَوْجِ. وَفِي ذَلِكَ الصَّبَاحِ، رَفَعَ العَمُّ صَالِحٌ شِرَاعَهُ لِلْمَرَّةِ الأَخِيرَةِ، وَسَلَّمَ حَفِيدَتَهُ مِفْتَاحَ البَحْرِ.
Traduction : Oncle Sālih sortit de chez lui avant l’aube, alors que la ville dormait sous une couverture de brume. La mer était calme comme un miroir, et les petites barques se balançaient à sa surface comme des enfants qui rêvent. Tout le quartier le connaît : sa maison a la porte ouverte pour tout pêcheur affamé. Les cheveux blancs avaient envahi sa tête, ses pas étaient devenus lourds, mais ses yeux brillaient encore chaque fois qu’il voyait l’eau. Près de la barque, il trouva sa petite-fille Laylā qui l’attendait. Elle dit : « Je veux apprendre la pêche, grand-père. » Le vieil homme sourit et dit : « La mer est un maître patient, mais elle n’aime pas les paresseux. » Puis le soleil se leva, la ville ouvrit les yeux, et les mouettes se mirent à chanter au-dessus des vagues. Ce matin-là, Oncle Sālih hissa sa voile pour la dernière fois, et remit à sa petite-fille la clé de la mer.

Situer le récit : narrateur, personnages, cadre
Définition
- الرَّاوِي : le narrateur, la voix qui raconte. Il peut raconter à la troisième personne (بِضَمِيرِ الغَائِبِ : خَرَجَ، وَجَدَ، قَالَ) ou à la première personne (بِضَمِيرِ المُتَكَلِّمِ : خَرَجْتُ، وَجَدْتُ). Le narrateur n’est pas l’auteur (الكَاتِبُ) : c’est une voix inventée par lui.
- الشَّخْصِيَّاتُ : les personnages. On distingue la الشَّخْصِيَّةُ الرَّئِيسِيَّةُ (personnage principal) et les الشَّخْصِيَّاتُ الثَّانَوِيَّةُ (personnages secondaires).
- المَكَانُ et الزَّمَانُ : le lieu et le moment de l’action, qui forment ensemble le cadre du récit.
| Élément | Dans le texte | Indice |
|---|---|---|
| Narrateur | externe, à la 3e personne | خَرَجَ، وَجَدَ، ابْتَسَمَ |
| Personnage principal | Oncle Sālih, vieux pêcheur | العَمُّ صَالِحٌ |
| Personnage secondaire | Laylā, sa petite-fille | حَفِيدَتُهُ لَيْلَى |
| Lieu | une ville au bord de la mer, le port | المَدِينَةُ، البَحْرُ، القَارِبُ |
| Moment | de l’aube au lever du soleil | قَبْلَ الفَجْرِ، ثُمَّ أَشْرَقَتِ الشَّمْسُ |
Repérer les verbes est la méthode la plus sûre : les verbes à l’accompli de la 3e personne indiquent un récit au passé raconté de l’extérieur ; les paroles entre guillemets (الحِوَارُ) font entendre les personnages directement.
La comparaison : التَّشْبِيهُ
Règle
Un تَشْبِيهٌ rapproche deux réalités qui partagent une qualité. Il a quatre éléments :
- المُشَبَّهُ : ce que l’on compare (le comparé) ;
- المُشَبَّهُ بِهِ : ce à quoi on le compare (le comparant) ;
- أَدَاةُ التَّشْبِيهِ : l’outil, par exemple كَـ, مِثْلُ, كَأَنَّ ;
- وَجْهُ الشَّبَهِ : la qualité commune.

Exemple
- كَانَ البَحْرُ هَادِئًا كَالمِرْآةِ : comparé البَحْرُ, comparant المِرْآةُ, outil كَـ, qualité commune الهُدُوءُ. L’image suggère une mer lisse, qui reflète le ciel.
- القَوَارِبُ… كَأَنَّهَا أَطْفَالٌ يَحْلُمُونَ : l’outil est كَأَنَّ ; la qualité commune n’est pas dite, le lecteur la devine (le balancement doux, la paix du sommeil).
- البَحْرُ مُعَلِّمٌ صَبُورٌ : ni outil ni qualité commune. C’est un تَشْبِيهٌ بَلِيغٌ (comparaison condensée) : les deux termes restent, mais ils sont posés comme identiques, ce qui rend l’image plus forte.
La métaphore : الاِسْتِعَارَةُ
Définition
Une اسْتِعَارَةٌ est une comparaison dont on a supprimé l’un des deux termes principaux (et l’outil). Il en existe deux sortes :
- الاِسْتِعَارَةُ المَكْنِيَّةُ : le comparant disparaît, mais il en reste un trait. Dans فَتَحَتِ المَدِينَةُ عَيْنَيْهَا, la ville est comparée à une personne qui se réveille ; la personne n’est pas nommée, il reste ses yeux. De même, النَّوَارِسُ تُغَنِّي prête aux oiseaux un chant humain, et غَزَا الشَّيْبُ رَأْسَهُ fait des cheveux blancs une armée qui envahit.
- الاِسْتِعَارَةُ التَّصْرِيحِيَّةُ : c’est le comparé qui disparaît, et seul le comparant est dit. Dans سَلَّمَ حَفِيدَتَهُ مِفْتَاحَ البَحْرِ, la « clé de la mer » désigne le savoir du pêcheur, qui n’est pas nommé.
Attention
Pour distinguer un تَشْبِيهٌ بَلِيغٌ d’une اسْتِعَارَةٌ, compte les termes : si le comparé et le comparant sont présents (البَحْرُ مُعَلِّمٌ), c’est une comparaison, même sans outil. Si l’un des deux manque (النَّوَارِسُ تُغَنِّي : le chanteur humain n’est pas nommé), c’est une métaphore.
La métonymie et la périphrase : الكِنَايَةُ
Définition
Une كِنَايَةٌ est une expression dont le sens propre est possible, mais qui vise un autre sens, lié au premier. On peut réellement avoir la porte de sa maison ouverte ; mais بَيْتُهُ مَفْتُوحُ البَابِ veut surtout dire que l’homme est généreux et accueillant.
Exemple
- رَفَعَ شِرَاعَهُ لِلْمَرَّةِ الأَخِيرَةِ : il a vraiment hissé sa voile, mais l’expression signifie surtout la fin de sa vie de pêcheur.
- هُوَ نَظِيفُ اليَدِ : littéralement « il a la main propre », c’est-à-dire qu’il est honnête.
- رَفَعَ الرَّايَةَ البَيْضَاءَ : « il a levé le drapeau blanc », c’est-à-dire qu’il a renoncé, qu’il s’est avoué vaincu.
Dans une métaphore, le sens propre est impossible (une ville n’a pas d’yeux) ; dans une كِنَايَةٌ, il reste possible. C’est le critère le plus simple.
Rédiger un commentaire guidé
Méthode
- Situer : nature du texte, narrateur, personnages, cadre (فِي هَذَا النَّصِّ، يَرْوِي رَاوٍ…).
- Citer l’image entre guillemets, exactement comme dans le texte.
- Nommer la figure et ses éléments (فِي هَذِهِ العِبَارَةِ تَشْبِيهٌ، المُشَبَّهُ… وَالمُشَبَّهُ بِهِ…).
- Expliquer l’effet : ce que l’image fait sentir (تَدُلُّ هَذِهِ الصُّورَةُ عَلَى…, تَجْعَلُ… حَيًّا).
- Conclure en reliant les images au sens global du texte.
Voici un exemple de paragraphe de commentaire, rédigé pour ce cours :
فِي هَذَا النَّصِّ، يَرْوِي رَاوٍ بِضَمِيرِ الغَائِبِ صَبَاحًا مِنْ حَيَاةِ صَيَّادٍ عَجُوزٍ. يَسْتَخْدِمُ الكَاتِبُ تَشْبِيهًا فِي قَوْلِهِ «كَانَ البَحْرُ هَادِئًا كَالمِرْآةِ»، وَوَجْهُ الشَّبَهِ هُوَ الهُدُوءُ وَالصَّفَاءُ. وَفِي عِبَارَةِ «فَتَحَتِ المَدِينَةُ عَيْنَيْهَا» اسْتِعَارَةٌ مَكْنِيَّةٌ، إِذْ شَبَّهَ الكَاتِبُ المَدِينَةَ بِإِنْسَانٍ يَسْتَيْقِظُ. تَجْعَلُ هَذِهِ الصُّوَرُ المَكَانَ حَيًّا، وَتُعَبِّرُ عَنْ حُبِّ الشَّخْصِيَّةِ لِلْبَحْرِ.
Traduction : Dans ce texte, un narrateur à la troisième personne raconte une matinée de la vie d’un vieux pêcheur. L’auteur emploie une comparaison quand il écrit « la mer était calme comme un miroir », et la qualité commune est le calme et la limpidité. Dans l’expression « la ville ouvrit les yeux », il y a une métaphore, puisque l’auteur compare la ville à une personne qui se réveille. Ces images rendent le lieu vivant et expriment l’amour du personnage pour la mer.
Vocabulaire de l’analyse
| Arabe | Français |
|---|---|
| الرَّاوِي | le narrateur |
| الكَاتِبُ | l’auteur, l’écrivain |
| الشَّخْصِيَّةُ (ج) الشَّخْصِيَّاتُ | le personnage |
| الشَّخْصِيَّةُ الرَّئِيسِيَّةُ | le personnage principal |
| المَكَانُ | le lieu |
| الزَّمَانُ | le moment, l’époque |
| الأَحْدَاثُ | les événements, l’action |
| السَّرْدُ | la narration |
| الوَصْفُ | la description |
| الحِوَارُ | le dialogue |
| ضَمِيرُ المُتَكَلِّمِ | la première personne |
| ضَمِيرُ الغَائِبِ | la troisième personne |
| البَلَاغَةُ | la rhétorique |
| الصُّورَةُ البَلَاغِيَّةُ | l’image, la figure de style |
| التَّشْبِيهُ | la comparaison |
| المُشَبَّهُ | le comparé |
| المُشَبَّهُ بِهِ | le comparant |
| أَدَاةُ التَّشْبِيهِ | l’outil de comparaison |
| وَجْهُ الشَّبَهِ | la qualité commune |
| التَّشْبِيهُ البَلِيغُ | la comparaison sans outil ni qualité commune |
| الاِسْتِعَارَةُ | la métaphore |
| الكِنَايَةُ | la métonymie, la périphrase |
| المَعْنَى الحَقِيقِيُّ | le sens propre |
| المَعْنَى المَجَازِيُّ | le sens figuré |
| التَّعْلِيقُ عَلَى نَصٍّ | le commentaire de texte |
À retenir
- Avant les images, situe le récit : الرَّاوِي, الشَّخْصِيَّاتُ, المَكَانُ وَالزَّمَانُ.
- التَّشْبِيهُ : comparé + comparant (+ outil + qualité commune). Sans outil ni qualité : تَشْبِيهٌ بَلِيغٌ.
- الاِسْتِعَارَةُ : l’un des deux termes a disparu ; le sens propre est impossible.
- الكِنَايَةُ : le sens propre est possible, mais l’expression vise un autre sens.
- Dans un commentaire : situer, citer, nommer, expliquer l’effet, conclure.
Pour aller plus loin
Applique la méthode dans les exercices d’analyse littéraire, puis teste-toi avec le QCM sur les figures de style. Tu peux ensuite analyser d’autres récits avec le cours Shéhérazade et le récit enchâssé et étudier les images de la poésie avec la poésie d’amour.

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