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Territoire et mémoire : cours d’arabe Terminale

Cours d’arabe Terminale : Territoire et mémoire
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Ce cours Territoire et mémoire arabe Terminale explore la manière dont les sociétés et les familles du monde arabe se souviennent des lieux : la terre natale, l’exil, les frontières, les indépendances et les musées. Tu y trouveras un document original à étudier, le vocabulaire clé de l’axe et les outils pour exprimer le souvenir au niveau B2.

Territoire et mémoire arabe Terminale : les mots de l’axe

L’axe s’intitule en arabe الأَرْضُ وَالذَّاكِرَةُ (« la terre et la mémoire »). Quatre mots forment son noyau. الذَّاكِرَةُ est la faculté de se souvenir, mais aussi la mémoire collective d’un peuple ou d’une ville. الأَرْضُ, nom féminin, désigne à la fois le sol que l’on cultive et le pays auquel on se sent lié. الحُدُودُ, pluriel de الحَدُّ (la limite), ce sont les frontières qui séparent les États ou, au figuré, les familles. Enfin المَنْفَى est l’exil, et aussi le lieu où l’on vit exilé.

Définition

الذَّاكِرَةُ : la mémoire, individuelle ou collective. الذِّكْرَى (pluriel الذِّكْرَيَاتُ) : un souvenir précis, et aussi une commémoration (ذِكْرَى الاسْتِقْلَالِ, l’anniversaire de l’indépendance). Les deux mots viennent de la racine ذ ك ر, comme le verbe تَذَكَّرَ يَتَذَكَّرُ (se souvenir de).

Règle

المَنْفَى est un nom de lieu de schème مَفْعَلٌ formé sur la racine ن ف ي (le verbe نَفَى يَنْفِي signifie « exiler » et aussi « nier »). Il se termine par un alif maqsura : sa fin ne change pas selon le cas. On écrit فِي المَنْفَى, عَاشَ المَنْفَى sans aucune voyelle finale visible. Son pluriel est المَنَافِي.

Lire un document : la clé de la grand-mère

Le texte suivant a été écrit pour ce cours : c’est un récit original, à la première personne, dont le narrateur est un lycéen imaginaire. Il est entièrement vocalisé pour que tu puisses le lire à voix haute. Repère les mots qui parlent du lieu perdu et ceux qui parlent du souvenir.

Une grosse clé ancienne en fer, brune, posée de biais sur une carte jaunie dont le tracé des côtes est effacé ; au-dessus, le mot arabe signifiant la mémoire
Le document s’organise autour d’un objet : une clé qui n’ouvre plus aucune porte réelle.

فِي بَيْتِنَا، يُعَلَّقُ عَلَى جِدَارِ الصَّالُونِ مِفْتَاحٌ قَدِيمٌ مِنَ الحَدِيدِ. هُوَ مِفْتَاحُ بَيْتِ جَدَّتِي فِي قَرْيَةٍ صَغِيرَةٍ عَلَى شَاطِئِ البَحْرِ، تَرَكَتْهَا وَهِيَ فِي العِشْرِينَ مِنْ عُمْرِهَا.

لَمْ تَعُدْ جَدَّتِي إِلَى قَرْيَتِهَا قَطُّ، لَكِنَّهَا كَانَتْ تَصِفُهَا لَنَا كُلَّ مَسَاءٍ: البِئْرَ فِي وَسَطِ السَّاحَةِ، وَأَشْجَارَ الزَّيْتُونِ، وَرَائِحَةَ الخُبْزِ فِي الصَّبَاحِ. وَكَانَتْ تَقُولُ إِنَّ الذَّاكِرَةَ وَطَنٌ يَحْمِلُهُ الإِنْسَانُ مَعَهُ.

أَمَّا أَنَا فَقَدْ وُلِدْتُ هُنَا، وَلَا أَعْرِفُ تِلْكَ الأَرْضَ إِلَّا مِنْ خِلَالِ حِكَايَاتِهَا. وَحِينَ أَنْظُرُ إِلَى الخَرِيطَةِ لَا أَجِدُ اسْمَ القَرْيَةِ، فَقَدْ تَغَيَّرَتِ الأَسْمَاءُ وَالحُدُودُ. وَمَعَ ذَلِكَ أَشْعُرُ بِأَنَّ هَذَا المِفْتَاحَ يَفْتَحُ شَيْئًا فِي دَاخِلِي: بَابَ ذَاكِرَةٍ لَا تُرِيدُ أَنْ تُنْسَى.

فِي السَّنَةِ المَاضِيَةِ، زُرْتُ مَعَ صَفِّي مَتْحَفًا لِتَارِيخِ الهِجْرَةِ. رَأَيْتُ هُنَاكَ حَقَائِبَ وَصُوَرًا وَرَسَائِلَ تَرَكَهَا مُهَاجِرُونَ جَاؤُوا مِنْ بُلْدَانٍ كَثِيرَةٍ. فَهِمْتُ يَوْمَهَا أَنَّ لِكُلِّ عَائِلَةٍ مِفْتَاحَهَا، وَأَنَّ المَتْحَفَ مَكَانٌ تَلْتَقِي فِيهِ الذِّكْرَيَاتُ الفَرْدِيَّةُ بِالتَّارِيخِ المُشْتَرَكِ.

Traduction : Chez nous, une vieille clé en fer est accrochée au mur du salon. C’est la clé de la maison de ma grand-mère, dans un petit village au bord de la mer, qu’elle a quitté à l’âge de vingt ans. Ma grand-mère n’est jamais retournée dans son village, mais elle nous le décrivait chaque soir : le puits au milieu de la place, les oliviers et l’odeur du pain le matin. Elle disait que la mémoire est une patrie que l’on emporte avec soi. Quant à moi, je suis né ici et je ne connais cette terre qu’à travers ses récits. Quand je regarde la carte, je ne trouve pas le nom du village : les noms et les frontières ont changé. Et pourtant, je sens que cette clé ouvre quelque chose en moi : la porte d’une mémoire qui ne veut pas être oubliée. L’an dernier, j’ai visité avec ma classe un musée de l’histoire de l’immigration. J’y ai vu des valises, des photos et des lettres laissées par des migrants venus de nombreux pays. J’ai compris ce jour-là que chaque famille a sa clé, et que le musée est un lieu où les souvenirs individuels rencontrent l’histoire commune.

Questions de compréhension

  1. Quel objet ouvre le récit, et où se trouve-t-il ?
  2. Relève trois éléments du village décrits par la grand-mère. Pourquoi sont-ils à l’accusatif (البِئْرَ, أَشْجَارَ, رَائِحَةَ) ?
  3. Pourquoi le narrateur ne trouve-t-il pas le village sur la carte ?
  4. Explique la phrase الذَّاكِرَةُ وَطَنٌ يَحْمِلُهُ الإِنْسَانُ مَعَهُ.
  5. Qu’apprend le narrateur au musée ? En quoi sa propre histoire rejoint-elle celle des autres familles ?

Pistes : les trois accusatifs sont en apposition au pronom complément de تَصِفُهَا (elle le décrivait) : ils détaillent ce que la grand-mère décrivait. La clé devient un symbole : elle n’ouvre plus aucune porte réelle mais « ouvre » la mémoire du narrateur.

Indépendances et mémoire coloniale : l’exemple de l’Algérie

Au XXe siècle, la plupart des pays arabes accèdent à l’indépendance, الاسْتِقْلَالُ, après une période de domination étrangère, الاسْتِعْمَارُ. Le Maroc et la Tunisie deviennent indépendants en 1956. L’Algérie, colonisée par la France à partir de 1830, connaît une longue guerre de 1954 à 1962 : elle commence le 1er novembre 1954, les accords d’Évian sont signés le 18 mars 1962 et l’indépendance est proclamée le 5 juillet 1962. En Algérie, ce conflit est appelé ثَوْرَةُ التَّحْرِيرِ (la révolution de libération) ; en France, une loi de 1999 a officiellement reconnu l’expression « guerre d’Algérie ».

Frise chronologique : 1830 début de la colonisation de l’Algérie, 1954 début de la guerre, 1956 indépendance du Maroc et de la Tunisie, 1962 accords d’Évian et indépendance de l’Algérie, 2007 musée de l’histoire de l’immigration à Paris, 2013 ouverture du Mucem à Marseille
Quelques repères pour situer la mémoire des indépendances et les lieux qui la conservent.

اِسْتَقَلَّتِ الجَزَائِرُ سَنَةَ ١٩٦٢ بَعْدَ حَرْبٍ طَوِيلَةٍ بَدَأَتْ سَنَةَ ١٩٥٤. وَمَا زَالَ الجَزَائِرِيُّونَ يَحْتَفِلُونَ بِعِيدِ الاسْتِقْلَالِ فِي الخَامِسِ مِنْ يُولْيُو. وَفِي فَرَنْسَا أَيْضًا، يَحْمِلُ كَثِيرٌ مِنَ العَائِلَاتِ ذِكْرَيَاتٍ عَنْ تِلْكَ المَرْحَلَةِ، فَتَتَعَدَّدُ الرِّوَايَاتُ وَتَتَقَاطَعُ الذَّاكِرَاتُ.

Traduction : L’Algérie est devenue indépendante en 1962, après une longue guerre qui avait commencé en 1954. Les Algériens célèbrent toujours la fête de l’indépendance le 5 juillet. En France aussi, beaucoup de familles portent des souvenirs de cette période : les récits se multiplient et les mémoires se croisent.

Ce que le programme te demande n’est pas de juger, mais de comprendre qu’un même événement laisse plusieurs mémoires (ذَاكِرَاتٌ مُتَعَدِّدَةٌ) : celle des combattants, des civils, des familles parties ou restées. Pour en parler à l’écrit, présente les points de vue avec prudence : يَرَى بَعْضُهُمْ أَنَّ… (certains estiment que…), بَيْنَمَا يَرَى آخَرُونَ أَنَّ… (tandis que d’autres estiment que…).

Attention

Ne confonds pas trois mots de la même racine : الذَّاكِرَةُ (la mémoire), الذِّكْرَى (le souvenir, l’anniversaire) et التَّذْكَارُ (l’objet-souvenir, d’où النُّصُبُ التَّذْكَارِيُّ, le monument commémoratif). Et n’oublie pas que الأَرْضُ est féminin : الأَرْضُ الطَّيِّبَةُ (la bonne terre), jamais الأَرْضُ الطَّيِّبُ au masculin. De même, الحَرْبُ (la guerre) est féminin : حَرْبٌ طَوِيلَةٌ.

Mahmoud Darwich, poète de la terre et de l’exil

مَحْمُود دَرْوِيش maḥmūd darwīsh est un poète palestinien né en 1941 en Galilée et mort en 2008. Il est l’un des poètes de langue arabe les plus lus et les plus traduits au monde. Parmi ses recueils, on cite souvent أَوْرَاقُ الزَّيْتُونِ (Feuilles d’olivier, 1964) et جِدَارِيَّةٌ (Murale, 2000), long poème écrit après une grave opération.

Ses textes sont protégés par le droit d’auteur : nous n’en citons aucun extrait. Retiens plutôt les thèmes qui traversent son œuvre et qui font de lui une référence de l’axe : la terre (الأَرْضُ), la maison d’enfance, la mère, l’olivier et le pain comme images de l’attachement ; l’exil (المَنْفَى) et le voyage sans fin ; la mémoire (الذَّاكِرَةُ) qui reconstruit un lieu perdu par les mots. Avec le temps, sa poésie s’est faite plus intime et plus méditative, s’interrogeant sur l’identité (الهُوِيَّةُ), sur la langue et sur la mort.

Culture

Pour présenter un poète à l’oral, donne trois repères sûrs (dates, lieu, une œuvre), puis deux ou trois thèmes, et termine par ce que son œuvre t’apprend sur l’axe. Inutile de réciter des vers : une analyse personnelle et précise vaut beaucoup mieux qu’une citation approximative.

Lieux de mémoire et musées

On appelle lieu de mémoire (مَكَانٌ لِلذَّاكِرَةِ) tout ce qui aide une société à se souvenir : un monument (النُّصُبُ التَّذْكَارِيُّ), un musée (المَتْحَفُ, on entend aussi المُتْحَفُ), des archives (الأَرْشِيفُ), un nom de rue, une date célébrée chaque année (إِحْيَاءُ الذِّكْرَى). En France, le musée national de l’histoire de l’immigration a ouvert à Paris en 2007, et le Mucem (musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) a ouvert à Marseille en 2013 : tous deux racontent des circulations entre les deux rives de la Méditerranée.

Arabe Français
الذَّاكِرَةُ la mémoire (individuelle ou collective)
الذِّكْرَى (ج. الذِّكْرَيَاتُ) le souvenir ; la commémoration
تَذَكَّرَ يَتَذَكَّرُ se souvenir de (+ COD)
النِّسْيَانُ l’oubli
الأَرْضُ la terre, le sol, le pays (nom féminin)
الوَطَنُ (ج. الأَوْطَانُ) la patrie, le pays natal
الحَدُّ (ج. الحُدُودُ) la limite (pluriel : les frontières)
المَنْفَى (ج. المَنَافِي) l’exil ; le lieu d’exil
الغُرْبَةُ le fait de vivre loin de chez soi, le dépaysement
الحَنِينُ إِلَى la nostalgie de
الهِجْرَةُ l’émigration, la migration
المُهَاجِرُ (ج. المُهَاجِرُونَ) l’émigré, le migrant
العَوْدَةُ le retour
الاسْتِعْمَارُ la colonisation
الاسْتِقْلَالُ l’indépendance
الهُوِيَّةُ l’identité
الشَّهَادَةُ le témoignage
التُّرَاثُ le patrimoine
المَتْحَفُ (ج. المَتَاحِفُ) le musée
النُّصُبُ التَّذْكَارِيُّ le monument commémoratif
الأَرْشِيفُ les archives
إِحْيَاءُ الذِّكْرَى la commémoration (faire revivre le souvenir)
الجِيلُ (ج. الأَجْيَالُ) la génération
المِفْتَاحُ (ج. المَفَاتِيحُ) la clé
الخَرِيطَةُ la carte (géographique)
الشَّاعِرُ / القَصِيدَةُ le poète / le poème

Langue : exprimer le souvenir et la permanence

Pour raconter une mémoire, quatre constructions reviennent sans cesse. Elles se combinent toutes avec l’inaccompli.

Construction Exemple Traduction
كَانَ + inaccompli (habitude passée) كَانَتْ جَدَّتِي تَصِفُ القَرْيَةَ. Ma grand-mère décrivait le village.
مَا زَالَ + inaccompli (permanence) مَا زِلْنَا نَحْتَفِظُ بِالمِفْتَاحِ. Nous gardons toujours la clé.
لَمْ يَعُدْ + inaccompli (« ne… plus ») لَمْ يَعُدْ أَحَدٌ يَسْكُنُ البَيْتَ. Plus personne n’habite la maison.
تَذَكَّرَ + COD أَتَذَكَّرُ رَائِحَةَ الخُبْزِ. Je me souviens de l’odeur du pain.

Règle

مَا زَالَ se conjugue comme un verbe concave : مَا زِلْتُ, مَا زِلْنَا, مَا زَالَتْ, مَا زَالُوا. Son équivalent au présent est لَا يَزَالُ. Le verbe qui suit s’accorde avec le sujet : مَا زَالَتِ الجَدَّةُ تَحْكِي. Quant à تَذَكَّرَ, il est transitif direct : on dit تَذَكَّرْتُ طُفُولَتِي, sans préposition.

Sujet d’expression écrite

Sujet : هَلْ يُمْكِنُ أَنْ نَحْمِلَ وَطَنًا فِي ذَاكِرَتِنَا؟ (Peut-on porter un pays dans sa mémoire ?). En 150 mots environ, appuie-toi sur le document, sur ce que tu sais de Mahmoud Darwich et sur un lieu de mémoire de ton choix. Utilise au moins une fois مَا زَالَ, لَمْ يَعُدْ et أَمَّا… فَـ.

À retenir

  • الذَّاكِرَةُ (la mémoire), الذِّكْرَى (le souvenir), تَذَكَّرَ (se souvenir de) : une seule racine ذ ك ر.
  • الأَرْضُ et الحَرْبُ sont féminins ; المَنْفَى ne change pas de forme selon le cas.
  • Algérie : guerre de 1954 à 1962, accords d’Évian le 18 mars 1962, indépendance le 5 juillet 1962 ; Maroc et Tunisie indépendants en 1956.
  • Mahmoud Darwich (1941-2008) : la terre, l’exil, la mémoire et l’identité ; aucune citation, seulement des thèmes et des analyses.
  • Pour raconter : كَانَ + inaccompli, مَا زَالَ + inaccompli, لَمْ يَعُدْ + inaccompli.

Pour aller plus loin

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