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Naguib Mahfouz, fictions et réalités : cours d’arabe Terminale

Cours d’arabe Terminale : Naguib Mahfouz, fictions et réalités
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Ce cours Mahfouz arabe Terminale présente Naguib Mahfouz (نَجِيب مَحْفُوظ), romancier égyptien et prix Nobel de littérature en 1988, pour travailler l’axe « Fictions et réalités ». Tu y trouveras un document original à étudier, le vocabulaire clé de la fiction et du témoignage, et les outils pour analyser au niveau B2 le lien entre un roman et la société qu’il décrit.

Mahfouz arabe Terminale : un romancier et sa ville

Naguib Mahfouz est né le 11 décembre 1911 au Caire, dans le vieux quartier de Gamaliya (الجَمَالِيَّة), et il est mort au Caire le 30 août 2006. Après des études de philosophie à l’université, il a travaillé pendant des décennies comme fonctionnaire, tout en écrivant avec régularité. Son œuvre compte plus de trente romans, de nombreux recueils de nouvelles et des scénarios pour le cinéma égyptien. En 1988, il devient le premier écrivain de langue arabe à recevoir le prix Nobel de littérature.

Culture

Le mot الحَارَةُ désigne en Égypte une ruelle ou un petit quartier populaire, avec ses boutiques, ses cafés (مَقَاهٍ) et ses voisins qui se connaissent tous. C’est le cadre de beaucoup de romans de Mahfouz, par exemple زقاق المدق (Passage des miracles, 1947), adapté au cinéma jusqu’au Mexique dans un film de 1995.

Une ruelle étroite du vieux Caire avec ses fenêtres à moucharabieh, une arche et une lanterne, et une grande plume au premier plan
Le décor réel et la plume de la fiction.

Le document : un texte original à étudier

Le texte ci-dessous a été écrit pour ce site : ce n’est ni un extrait de Mahfouz ni un article de presse. Comme au baccalauréat, il n’est vocalisé que sur les mots difficiles ; lis-le d’abord en entier, puis une seconde fois en t’aidant du vocabulaire.

نَجِيب مَحْفُوظ: كاتب الحارة المصرية

وُلِدَ نجيب محفوظ في القاهرة سنة 1911، في حيّ الجَمَالِيَّة القديم، ونَشَأَ بين أَزِقَّتِهِ ومَقَاهِيهِ وأسواقه. درس الفلسفة في الجامعة، ثم عمل مُوَظَّفًا في الإدارة المصرية سنوات طويلة، وكان يكتب في أوقات فراغه بانتظام.

نشر محفوظ أكثر من ثلاثين رواية، إلى جانب مجموعات كثيرة من القصص القصيرة. وأشهر أعماله «الثُّلَاثِيَّة» التي صدرت بين سنتَيْ 1956 و1957، وهي تروي حياة أسرة قاهرية عبر ثلاثة أَجْيَال. ويحمل كل جزء منها اسم شارع حقيقي من شوارع القاهرة القديمة: «بين القَصْرَيْن» و«قصر الشَّوْق» و«السُّكَّرِيَّة».

لا يقدّم محفوظ في رواياته وثائق تاريخية، بل يخلق شخصيات خَيَالِيَّة تعيش في أماكن حقيقية، فيرى القارئ من خلالها تَحَوُّلَات المجتمع المصري في النصف الأول من القرن العشرين. ولهذا يرى كثير من النُّقَّاد أن رواياته تقف على الحدود بين الخيال والواقع.

وفي سنة 1988 حصل محفوظ على جائزة نوبل للآداب، فكان أوّل كاتب باللغة العربية يَنَالُهَا. وقد تُرْجِمَتْ أعماله إلى لغات كثيرة، واقْتَبَسَ السينمائيون عددًا كبيرًا منها، فصارت الحارة القاهرية التي وصفها مَأْلُوفَةً لقرّاء ومشاهدين في العالم كلّه. وتُوُفِّيَ في القاهرة سنة 2006.

Traduction : Naguib Mahfouz, l’écrivain de la ruelle égyptienne. Naguib Mahfouz est né au Caire en 1911, dans le vieux quartier de Gamaliya, et il a grandi entre ses ruelles, ses cafés et ses marchés. Il a étudié la philosophie à l’université, puis a travaillé comme fonctionnaire dans l’administration égyptienne pendant de longues années, et il écrivait régulièrement pendant son temps libre. Mahfouz a publié plus de trente romans, ainsi que de nombreux recueils de nouvelles. Son œuvre la plus célèbre est la « Trilogie », parue en 1956 et 1957, qui raconte la vie d’une famille cairote sur trois générations. Chaque volume porte le nom d’une vraie rue du vieux Caire : Impasse des deux palais, Le Palais du désir et Le Jardin du passé. Dans ses romans, Mahfouz ne présente pas des documents historiques : il crée des personnages imaginaires qui vivent dans des lieux réels, et le lecteur voit à travers eux les transformations de la société égyptienne dans la première moitié du XXe siècle. C’est pourquoi beaucoup de critiques estiment que ses romans se tiennent à la frontière entre la fiction et la réalité. En 1988, Mahfouz a obtenu le prix Nobel de littérature : il a été le premier écrivain de langue arabe à le recevoir. Ses œuvres ont été traduites dans de nombreuses langues et les cinéastes en ont adapté un grand nombre, si bien que la ruelle cairote qu’il a décrite est devenue familière à des lecteurs et des spectateurs du monde entier. Il est mort au Caire en 2006.

Comprendre le document

  1. Où et quand Mahfouz est-il né ? Au Caire, en 1911, dans le quartier de الجَمَالِيَّة.
  2. Quel métier exerçait-il en plus de l’écriture ? Il était fonctionnaire : عمل مُوَظَّفًا في الإدارة.
  3. Que raconte la Trilogie et d’où viennent les titres de ses volumes ? La vie d’une famille sur trois générations ; les titres sont des noms de rues réelles.
  4. Pourquoi dit-on que ses romans sont « entre la fiction et la réalité » ? Les personnages sont inventés, mais les lieux et l’époque sont réels.
  5. Quelle distinction obtient-il en 1988 et pourquoi est-elle importante ? Le prix Nobel de littérature, reçu pour la première fois par un écrivain de langue arabe.

La Trilogie et le roman réaliste

La Trilogie du Caire, الثُّلَاثِيَّةُ, suit une famille de commerçants du Caire des dernières années de la Première Guerre mondiale jusqu’au milieu des années 1940. Les trois volumes portent le nom de rues réelles : بَيْنَ القَصْرَيْنِ, قَصْرُ الشَّوْقِ et السُّكَّرِيَّةُ. Le lecteur y voit les relations entre parents et enfants, le passage d’une génération à l’autre, l’école, le travail, les cafés et les débats d’idées, sur fond d’événements historiques réels de l’Égypte.

Définition

Le roman réaliste (الرِّوَايَةُ الوَاقِعِيَّةُ) raconte une histoire inventée en cherchant à donner l’image la plus juste possible d’une société réelle : ses lieux, ses métiers, ses habitudes, ses façons de parler. Le mot الوَاقِعِيَّةُ (le réalisme) vient de الوَاقِعُ (la réalité), lui-même tiré de la racine و ق ع (« arriver, se produire »).

Frise chronologique : naissance de Mahfouz en 1911, la Trilogie en 1956-1957, le film Gare centrale de Chahine en 1958, le prix Nobel en 1988, la mort de Mahfouz en 2006
Repères chronologiques.

Du roman à l’écran : Youssef Chahine

Le cinéma égyptien a souvent puisé dans la littérature. Le réalisateur Youssef Chahine (يُوسُف شَاهِين), né à Alexandrie en 1926 et mort au Caire en 2008, est l’un de ses grands noms. Dans Gare centrale (بَابُ الحَدِيدِ, 1958), il filme la foule d’une grande gare du Caire et les vendeurs qui y travaillent, en mêlant une histoire inventée à des images de la vie réelle. En 1997, le Festival de Cannes l’a récompensé pour l’ensemble de son œuvre.

Romancier et cinéaste partagent ainsi la même question : comment une fiction peut-elle dire quelque chose de vrai sur une société ? Pour en parler en arabe, on emploie des verbes précis : اقْتَبَسَ (adapter une œuvre), صَوَّرَ يُصَوِّرُ (dépeindre, représenter ; aussi « filmer »), عَكَسَ يَعْكِسُ (refléter).

Fiction, témoignage, réalité : les mots pour analyser

Règle : trois notions à distinguer

  • الخَيَالُ : la fiction, ce qui est inventé. Adjectif : خَيَالِيٌّ (شَخْصِيَّةٌ خَيَالِيَّةٌ, un personnage imaginaire).
  • الشَّهَادَةُ : le témoignage, récit d’une personne qui a vécu ou vu les faits (mémoires, entretien, journal). Le mot signifie aussi « diplôme » : le contexte fait la différence.
  • الوَاقِعُ : la réalité, ce qui existe ou a existé et peut se vérifier (lieux, dates, institutions).

Exemples de phrases d’analyse

  • تَعْكِسُ الرِّوَايَةُ وَاقِعَ المُجْتَمَعِ.

    Le roman reflète la réalité de la société.

  • يُصَوِّرُ الكَاتِبُ حَيَاةَ أُسْرَةٍ فِي حَيٍّ شَعْبِيٍّ.

    L’écrivain dépeint la vie d’une famille dans un quartier populaire.

  • الشَّخْصِيَّاتُ خَيَالِيَّةٌ، لٰكِنَّ الأَمَاكِنَ حَقِيقِيَّةٌ.

    Les personnages sont imaginaires, mais les lieux sont réels.

  • اقْتَبَسَ المُخْرِجُ الفِيلْمَ مِنْ رِوَايَةٍ مَشْهُورَةٍ.

    Le réalisateur a adapté le film d’un roman célèbre.

Attention

  • Ne confonds pas l’auteur (الكَاتِبُ) et le narrateur (الرَّاوِي) : le narrateur est une voix inventée qui raconte l’histoire.
  • Un roman réaliste n’est pas un témoignage : les personnages de Mahfouz n’ont pas existé, même si les rues sont réelles.
  • Dans une copie, n’invente jamais de citation de Mahfouz : résume, analyse et cite seulement des faits sûrs (dates, lieux, titres).
  • Le nom du réalisateur s’écrit يُوسُف شَاهِين, sans article ; celui de l’écrivain نَجِيب مَحْفُوظ.

Vocabulaire clé de l’axe

Arabe Français
رِوَايَةٌ ج رِوَايَاتٌ un roman
رِوَائِيٌّ un romancier
قِصَّةٌ قَصِيرَةٌ une nouvelle
أَدِيبٌ ج أُدَبَاءُ un écrivain, un homme de lettres
الأَدَبُ la littérature
جَائِزَةٌ ج جَوَائِزُ un prix
حَيٌّ ج أَحْيَاءٌ un quartier
حَيٌّ شَعْبِيٌّ un quartier populaire
حَارَةٌ une ruelle, un petit quartier (Égypte)
زُقَاقٌ ج أَزِقَّةٌ une ruelle, une impasse
مَقْهًى ج مَقَاهٍ un café
شَخْصِيَّةٌ un personnage
الرَّاوِي le narrateur
السَّرْدُ la narration
الخَيَالُ la fiction, l’imagination
خَيَالِيٌّ imaginaire, fictif
الوَاقِعُ la réalité
وَاقِعِيٌّ réaliste
الشَّهَادَةُ le témoignage
جِيلٌ ج أَجْيَالٌ une génération
أُسْرَةٌ une famille
المُجْتَمَعُ la société
مُخْرِجٌ un réalisateur
فِيلْمٌ ج أَفْلَامٌ un film
اقْتَبَسَ يَقْتَبِسُ adapter (une œuvre)
صَوَّرَ يُصَوِّرُ dépeindre ; filmer
عَكَسَ يَعْكِسُ refléter

Sujet d’expression écrite

Méthode

  1. Lire le sujet et souligner les mots clés : ici الرِّوَايَةُ, الوَاقِعُ, التَّارِيخُ.
  2. Chercher un exemple précis et sûr : la Trilogie de Mahfouz, un film de Chahine.
  3. Organiser : introduction, deux arguments avec connecteurs (أَوَّلًا, ثُمَّ, لٰكِنْ, فِي الخِتَامِ), conclusion.
  4. Relire l’accord des adjectifs, les terminaisons utiles et l’orthographe des noms propres.

Sujet (120 à 150 mots) : هَلْ يُمْكِنُ لِرِوَايَةٍ أَنْ تُعَلِّمَنَا عَنْ عَصْرٍ مَا مِثْلَ كِتَابِ تَارِيخٍ؟ (Un roman peut-il nous apprendre autant sur une époque qu’un livre d’histoire ?) Appuie-toi sur l’exemple de Mahfouz et donne ton avis personnel.

À retenir

  • نَجِيب مَحْفُوظ (1911-2006), romancier du Caire, prix Nobel de littérature en 1988, premier lauréat de langue arabe.
  • الثُّلَاثِيَّةُ (1956-1957) : une famille cairote sur trois générations ; trois titres qui sont des noms de rues réelles.
  • Le roman réaliste invente des personnages dans un décor réel : il se tient entre الخَيَالُ et الوَاقِعُ.
  • يُوسُف شَاهِين (1926-2008), réalisateur égyptien de Gare centrale (بَابُ الحَدِيدِ, 1958).
  • Verbes d’analyse : يَعْكِسُ, يُصَوِّرُ, اقْتَبَسَ.

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur Mahfouz et l’axe Fictions et réalités, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur Naguib Mahfouz. Le chapitre Territoire et mémoire complète bien cette réflexion sur la façon dont les récits gardent la trace des lieux.

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